Coup de gueule

L’humeur du taulier 3

Aujourd’hui en lisant ce qui sort sur une de mes passions, cherchez laquelle, je suis tombé sur un post vert et bien pensé, mais qui m’a laissé une drôle d’impression.

Au dessus de la situation, qui est critiquable, ce post lève une question pour moi bien plus grave est large que le cigare : peut-on tenir rigueur à un tiers de faire ce qu’il peut ?

Quand j’ai lu ce mot, j’ai souris. J’aime la plume, les mots ciselés, la verve et le côté franc-tireur.

En revanche, comme certain je suis confronté quotidiennement à un truc pas toujours agréable qui est la réalité :
Si le magazine ADC devait fermer, mettre la clef sous la porte des attaques de la DNF, en dehors d’une victoire pour une association et en dehors d’un évènement dans le monde du cigare, ce serait surtout la mort sociale annoncée d’une entreprise dans un débat idéologique.

Oui on peut reprocher à un journal son manque d’implication quand une association s’en est pris à des associations, on peut lui reprocher de ne pas avoir pris le parti de son camp, mais là…Minute papillon !

On ne parle pas d’un milieu associatif, on parle d’une entreprise et de tout ce qu’elle représente : des emplois, une activité, et une contribution. Est-ce qu’au nom d’une idéologie (de promotion ou de restriction, peu importe) nous avons le droit de faire mourir une entreprise avec ses conséquences ?

L’idéologie et les combats sont beaux et souvent exaltés, mais il est probable que la DNF n’aura cure de laisser au chômage le personnel de l’ADC. J’ai même peur un jour d’entendre qu’ils l’ont mérité.

La réalité est différente : personne ne mérite cela. Et pourquoi demander sur un sujet aussi trivial que le cigare à une entreprise de se suicider ou de prendre des risques, là où tous les jours sur des sujets concrêts, l’engagement est plus synonyme de sanctions et de suicide financier que de lutte ?

Je n’en veux pas à l’ADC d’avoir préservé son entreprise en essayant de rester loin du sujet. Et je crois sur ce point que tous ceux qui ont à charge de payer des salaires me comprendront.

Aussi, je ne partage pas le besoin d’ajouter du poids dans la balance des reproches. L’ADC est une entreprise comme une autre, on peut dans son activité être en opposition à sa ligne éditoriale, à ses messages, ou à ses positions journalistiques. Oui est c’est normal. Je ne lis pas toute la presse et tous les magazines n’ont pas mes faveurs, et tout le monde ne partage pas mes goûts.

Arrêtons nous quand même quelques instants sur l’autre aspect : la personne morale. L’ADC est une entreprise qui a ses difficultés. Depuis quelques années, bien que son chiffre d’affaire, soit ses ventes, se soient divisées par 2, sa masse salariale est restée identique. C’est à dire qu’à l’opposé de beaucoup, cette entreprise n’a pas versée dans la facilité de licencier. Et pour qui a fait un minimum d’analyse financière, on se rend compte que cette entreprise n’est pas la manne qu’on lui reproche d’être et que son activité est fragile. Je laisse le soin à d’éminents spécialistes qui n’ont jamais créé d’entreprise mais en savent tout m’expliquer qu’il suffisait de et qu’avec yaka et faucon, le monde serait à 10 chiffres. L’ADC comme beaucoup de pme française est en sursis.

Aujourd’hui, on ne peut pas se satisfaire ou comprendre comment une activité va être interrompue par le radicalisme, qui se fait financier car il suffit de peu pour comprendre que le montant de dédommagement demandé mettra l’entreprise dans une situation catastrophique, et que ce sera le début de la spirale infernale.

Comment peut-on aujourd’hui accepter cela ? Comment l’état peut tolérer une telle ingèrance ? Je ne comprends pas l’acharnement, ni la volonté destructrice.

L’instinct sécuritaire et la radicalisation sont les mamelles de toutes les dictatures, et comme le prouve le mythe de Damoclès, les tyrans se sont toujours crus être des bienfaiteurs incompris. Quel bien y a t’il dans un monde au bord de la crise mondiale, dans un modèle économique éculé et essoufflé à tuer des entreprises au seul nom d’une idéologie ? Il faut juste en tirer une seule satisfaction : le malheur n’a pas encore frappé à la porte de tous pour avoir si peu de recul et faire si peu de cas de l’existence sociale des autres.

Moi je crois que chacun fait ce qu’il peut. L’ADC n’a pas de volonté de nuire ni à la communauté cigaristique, ni à la personne en règle générale. L’ADC comme beaucoup d’entreprise n’a qu’une volonté : vivre une année de plus, malgré les charges, malgré les changements de législation.

Je ne vois plus ça sous le prisme du cigare, qui reste un sujet trivial. Le monde n’a pas besoin du cigare. Si demain on doit m’interdire de fumer un cigare, et bien tant pis. C’est un superflu, un de ces éléments qui me fait dire qu’aujourd’hui, ma vie est relativement insouciante.

Je vois cela sous le prisme de l’homme sur qui on jette l’opprobe, l’anathéme de la sociéte. L’entrepreneur. Nous somme aujourd’hui perçus comme les voyous de l’état, alors que nous le financons, les voyous du peuple, jusqu’à nouvelle ére économique, nous sommes ceux qui créent les emplois. Nous, patrons de PME, souffrons en silence. On nous reproche de gagner notre, vie, la plupart d’entre nous n’aura ni retraite, ni chomage. Nous travaillons sans filet, sans aide et avec des gens dont la fonction principale est de nous snipper à la première occasion.

Je ne veux pas me plaindre, j’ai fait mes choix et jamais je ne voudrai céder une once de la liberté que j’ai aujourd’hui.

Aujourd’hui nous sommes en plus jugés en comparaison des « grands patrons » dont pour la plupart aucun n’a jamais créé la moindre entreprise. De formation, de portée, ou de connivence, ils y sont parvenus. Mais peu connaisse la sueur de trouver ses clients, de ne pas être aidé, de créér son activité et passez moi l’expression, de mettre ses couilles sur la table pour créer sa vie.  Car tout à chacun peut philosopher des heures : sans argent, la vie est impossible.

Alors de grâce, ne jettons pas le gant à des personnes qui doivent gérer un risque réel. Pas celui de pointer au chomage, pas celui de devoir changer de contrat. Celui de perdre ce qu’ils ont créé, celui de tout perdre.

Et moi, je sais que cela peut m’arriver demain.

L’humeur du taulier

Tous ceux qui ont le bonheur d’avoir affiché leur passion du cigare sont toujours confrontés à deux choses qui semblent être obligatoire :
– Le cliché associatif, le fumeur de cigare est obligatoirement un trou du cul richard ou wanabe qui s’affiche
– Le cigare pue, est d’ailleurs le trou du cul précité fait exprès d’enfumer les autres avec un barreau de chaise pour prouver son mépris

Le pire dans la plupart des cas est que si on tente de faire entrer la personne, la réaction est souvent épidermique. On peut là aussi comprendre que la perspective de se transformer socialement en trou du cul ne soit pas des plus plaisantes.
Et c’est souvent une guerre perdue d’avance. Ils restent distants, les bras croisés, quite à s’envoyer un demi paquet de blondes chimiques dans le palais pendant qu’ils se refusent obstinément à briser cette association. Encore hier, je fumais simplement et j’ai vu passer les gens faire la moue, voir la grimace. 

On fume des cigares parce qu' »on a de la thune », parce qu' »on frime », de la même façon que si il y a 5 millions de chomeurs, c’est parce qu’il sont tous fainéants et assistés, que les fonctionnaires ne travaillent pas, etc,etc…
Même si le sujet est trivial (après tout, le cigare est un plaisir pas une nécessité), il fait souvent réflêchir à ce que nous sommes devenus. Les idées reçues, qui deviennent quasiment un phénoméne d’hypnose collective. Et il me prend parfois à me dire : comment veut-on faire comprendre des idées et des cultures différentes, quand même sur quelque chose d’aussi trivial que le cigare, on se confronte à des préjugés radicaux et sans fondement ?

En blanchissant sous le harnais, on prend plus de recul et on commence à ne plus se justifier. Quitte parfois à assumer. Je regrette souvent que le cigare soit plus associé à Paul Lou Sulitzer qu’à George Sand, mais c’est ainsi. Malheureusement, le cigare a servi de présentoir à l’égo de personnes de peu de goût, voir de peu de moral, mais la cupidité qui sévit actuellement faire que le cigare est plus attaquable que la personne, après tout, personne ne mord la main qui potentiellement peut nourrir.

Quand j’étudiais l’économie, un des seuls principes qui s’est vérifié vrai dans le temps (en même temps, l’art de l’économie est plutôt d’osciller entre différents niveaux de granularité pour expliquer en quoi on s’est trompé) n’est pas celui qui m’a valu de me faire traiter de communistes et quasiment de me faire ex-communié pour avoir dit que le crédit était uniquement un vecteur d’accèlération du déclin du capitalisme, soit l’instant où l’usure se substituant à la valeur ajouté, seule la dérivation de la dette peut continuer à créer une croissance financiére artificielle (et indépendamment du fait que je vis aujourd’hui un plaisir malsain et amer à me rendre compte que j’avais raison) ; non je parle de quelqu’un qui a dit quelque chose de complaisant aux vrais profiteurs : le coefficient d’engels.

C’est à dire simplement et transcris avec les mots de notre époque; que quand on a de l’argent et que l’on consomme, on consomme social. On pourrait dire qu’Engels est même demeuré candide vis à vis de cette loi car il a ignoré qu’une des vertus / vices de notre économie serait d’utiliser la consommation comme moyen d’exister socialement.

Malheureusement, deux terminologies sont entrées alors en conflit : épicurisme et hédonisme.

Souvent les gens utilisent l’épicurisme pour décrire le gouts de bonnes choses, mais l’épicurisme est bien plus que ça et nécessite souvent une vraie relecture de l’oeuvre de son géniteur : Epicure.

Contrairement à l’idée communément reçue (j’aime les bienfaits de la vie, je suis donc épicurien), l’Epicurien a un registre de valeurs fondamentales qui le rend capable de donner de la valeur à toute chose, et de ne pas fonder son bonheur sur des choses inutiles, l’Epicurien est donc celui qui avant tout reconnait l’utilité de la modération dans son bonheur, et dans le cas le plus radical, valorise la rareté à son juste prix.

Cette doctrine, finalement simple, est remplie du bon sens populaire et pourrait même finalement convenir à cette phrase que de nombreux parents utilisent  ; le sens des valeurs.

L’hédoniste lui est dans une quête décadente du plaisir, et principalement le plus proche de notre société actuel : obtenir une satisfaction immédiate, avec une mesure de la conséquence future qui soit inutile.

Vous me direz : « Bof, c’est pas si vrai »…Et malheureusement si…
L’écologie prouve que le monde aujourd’hui pour son bonheur immédiat est peu enclin à changer sa façon quotidienne, donc que les conséquences futures intéressent peu et que l’autre intéresse peu
La consommation n’est plus un acte raisonnable, mais bien un plaisir immédiat pemettant de se distinguer des autres

La financiarisation excessive est un des catalyseurs de ce mode de fonctionnement : on peut donc on consomme, et le plaisir est la consommation, non plus son utilité.

C’est ainsi que l’on voit tous les jours ce shéma tout corrompre, le luxe et le raffinement devenir putassier, le bon goût devenir le jeunisme, le sens commun devenir du snobisme, la liberté devenir sécuritaire. Et c’est précisemment là que le cigare na rien à voir avec le bling bling, avec l’argent. Oh bien sur, comme toute chose qui est de valeur, c’est possible et ça existe. Mais ce n’est pas la réalité.

Bien triste celui qui enquille les cabs et boites juste au prix, les entasse et les amasse sans les aimer, c’est vraiment une triste punition et un triste choix. J’en connais oui, malheureusement.

Moi quoi qu’il arrive, je resterai un gars simple avec des envies simples : quand j’invite mes amis et que je leur fais à manger et que nous fumons et buvons des bonnes choses, c’est parce que dans mon équilibre et mes valeurs, la fraternité est importante, donner est important. Je ne « réseaute » ou ne « networke » pas, je n’ai pas de relations utiles, pas de caste d’école, pas de caste de groupe. Je ne sers pas des vin chers ou de renom ou les dernier hype, mais je sers des vins dont j’arrive à apprécier et à valoriser (au bon sens du mot) le travail du vigneron, tous mes aliments ne proviennent pas d’endroits convenus, mais je connais le prénom de chacun de mes commerçants, et j’ai défini moi-même mon rapport à leurs produits, je les apprécie de ma propre initiative. Quand un pote passe à la maison, c’est parfois la bonne franquette, et j’aime ce môt et sa chaleur.  Je suis Epicurien.

Mes caves à cigare sont simples, j’en prends soin car je respecte la valeur des choses, c’est mon petit jardin personnel, et c’est un plaisir que j’aime partager. L’odeur, les déplacer, les vérifier, les toucher, les humer, respirer l’odeur de la cave, regarder l’hygrométre, les ranger. J’apprécie d’autant mes cigares que je sais comment j’aime en profiter, que je sais pourquoi j’aime les cigares. Parce que j’aime les moments simples de la vie, les moments de partage, d’échange et c’est ce qu’est le cigare. Un instant où on profite de la vie autrement que par un prisme de société ou de culture. Un moment à faire partager.

J’ai la vitole simple et sans chichi, qu’elle se nomme Cohiba ou Piedra, qu’elle soit cubaine ou hondurienne, le cigare véhicule de bonnes valeurs, qui n’ont rien à voir avec cette vision profane du fumeur matérialiste qui fume ostentatoire. C’est un des aspects marginaux du cigare.

Si vous voyez un type qui a ma tête fumer un cigare, plutôt que d’y voir un moyen d’enfumer la terre et de m’afficher, venez m’en parler, venez découvrir, ça se pourrait qu’on aille faire plus ample connaissance autour d’un canon.

M’enfin vous savez ce qu’on dit des gens qui boivent…., méfiez vous ! Déjà que vous vous étes fait enfumer sur le cigare !