Fuente

Arturo Fuente – Opux X Robusto

opusx
Attention cigare controversé. L’Opus X, vendu comme le meilleur cigare  du monde – s’il en est meilleur cigare du monde dominicain – par un procédé de fabrication hors norme, qui égréne les années de vieillissement et les surcouches de façon quasi putassiére. C’est un concours de qui à la plus grosse et qui fait pipi le plus loin. Avec mon incultisme légendaire et mon esprit trentenaire réac-post-nihiliste j’interprête comme un artefact marketing, le plus souvent ça m’agace au plus haut point de me sentir pris pour un abruti qui anônne.

Si je connais l’Opus X c’est qu’Arturo Fuente m’a conquis en me faisant découvrir le cigare et que j’ai donné le bénéfice du doute. Pas que je donne la palme au prétexte d’être un Fuente, mais j’ai un tropisme bienveillant.

Cela lui vaut donc l’honneur de rejoindre la marque Cohiba au range des fabricants de cigares outageusement chers, dont on ne sait jamais s’il faut s’extasier devant un objet rare et précieux ou si nous sommes devant l’arnaque du siécle.

On ne peut pas lui retirer, l’Opus X est un beau cigare, quasiment exécuté à la perfection : de la teinte au remplissage, jusqu’à le fumer à cru, on ne peut nier qu’il s’agit d’une belle piéce – et qui, contrairement à ses compagnons caribééns cubains, ne souffre pas d’irrégularité ou d' »effet bûche ».

A cru, il dégagé des arômes surprenants, très épicées, très présents. Le premier quart d’heure avec ce cigare est d’ailleurs un bon moment à lui tout seul, il est beau, il sent bon et il se fume à cru et c’est agréable. Vient toujours le moment délicat de l’allumage car soit ce sera « oh mon dieu » soit ce sera « oh non ». Là c’est juste doux, rond, plein, et le tirage est fabuleux. dense, . La fumée est belle, bonne, pleine de saveurs et dès les premières bouffées.

Oui il dégage de la cannelle, c’est surprenant, c’est un épicé qui n’a rien à voir avec la notion épicée cubaine, ce sont des épices chaudes ,sucrées, badiane, cannelle. J’adore !

Maintenant, ça se fait aussi longué et linéaire, et vive le Ruinart rosé magnifique qui l’a accompagné et le copain partageur, seul il m’ aurait lassé assez vite car le second tiers tarde, et n’apporte pas grand chose. Tout au plus on tire davantage dans le boisé, mais un boisé rustique, pas un boisé précieux, genre on a trouvé le cannelier et un peu de torréfié. Mais ça reste abondant en mache et en plaisir de fume, même si l’effet de surprise est bien dissipé.

Le dernier tiers rappelle que le cigare est âgé, un magnifique dégazage et il s’installe sur des notes de réglisse, de la nicotine et une belle puissance. Un final quand même rasasiant.

Intrinséquement, un consultant dirait qu’il présente des qualités indéniables, de façon terrienne je dis : il est bon, mais à ce niveau de prix, il y a beaucoup d’autres choses bien meilleures et plus intéressantes.

En revanche, je reconnais aussi à cette gamme sa qualité de fabrication, car si ils sont chers, rien n’est plus agaçant qu’un cigare cher et bouché (esplendiquoi ?).  De là  à être le meilleur ?

Dans le positionnement, je n’aurai pas de cubains disponibles, je serai ravi d’avoir cette gamme parfois car ce n’est pas du dominicain standard. Maintenant, le début est tellement prometteur que cette linéarité dominicaine, grief de beaucoup de fumeurs de cigares sur ce terroir et encore plus flagrante.`

Je donnerai une recommandation neutre.

Arturo Fuente – Rosado Gran Reserva R52

rosado

J’ai toujours un petit faible pour les fuente – pour ceux qui n’auraient pas lu, c’est ma marque « originelle ». Celui là m’a attiré l’oeil avec une présence remarquable. Il est beau. Il a même une sacré gueule avec sa bague qui ressembe à une armoirie et sa cape maduro. On dirait un quasiment un épicure especial en maduro. Bref il est appêtissant et d’un prix relativement modéré (env. 8€). Je l’ai essayé pour changer un peu du Gran Reserva Chateau, sachant que la différence est une cape équateur sun grown. Je m’attendais donc à retrouver le soft smoke (ce côté dirait les anglo saxons mellow, terre, cacao et légéres épices) avec un peu plus de puissance.

Passé l’aspect irréprochable (cape tendu, grasse, finement nervurée, ferme, bague majestueuse), la bête sent le tabac à plein nez, et semble plus fort que son copain Gran Reserva. A cru, les arômes tendent de suite sur les épices douces.

A l’allumage, j’ai vécu un petite déception. Le tirage est bon, mais la fumée est légére et les arômes sont très courts. Légérement épicé, mais quasi evanescent. En revanche, quelques bouffées après, le poivre apparait, et c’est un goût nouveau. Un mélange doux d’épice / cacao (canelle, cacao amer) très léger, et du poivre. C’est surprenant, ni franchement bon – c’est très court, ni franchement mauvais – les aromes sont courts et le poivre est acceptable. Le premier tiers est quand même très linéaire et pas super intéressant, pire, sur un exemplaire, j’ai expérimenté quelques soucis de combustion (en biais). le premier tiers m’a laissé une impression d’arythmie.

Un dégazage sympa (10 bonnes secondes) qui a ébloui ma progéniture, le second tiers s’entame et sous de biens meilleurs augures. La puissance s’installe, le cigare devient plus rond et je retrouve le registre Fuente Gran Reserva avec plus de puissance. La saveur est bien présente, et avec la puissance, apparait progressivement du cuir et il s’est avéré nourissant.

Ce qui est surprenant d’ailleurs c’est qu’il m’a laissé la même impression qu’un Epicure Especial : il se met en place tardivement et d’un seul coup, la puissance se régule, comme une émulsion. A partir du second tiers, ce cigare est devenu plus intéressant, plus rond, plus long et restera constant jusqu’à la fin. Progressivement sont apparus des notes de cuir, voir de réglisse, la bête contient de la nicotine et le poivre reste présent et il m’a mis ko sur la fin. Le dernier tiers du cigare m’a semblé le plus intéressant car le plus riche.

Finalement pas si inintéressant que j’ai pu le lire, peut être coincé dans la gamme entre le Gran Reserva (plus simple d’accès) et le Short Story (plus arômatique), je lui décerne le titre d’Epicure Especial made in Saint Do. Pour autant, il n’est malheureusement pas exempt de défauts rédhibitoires comme sa combustion où son premier tiers. Si comme je l’ai vu je l’avais payé au prix nord américain, j’aurai dit que c’était un « value smoke », mais là, ça fait cher l’imperfection et le plaisir se fait quand même attendre.

Un cigare intéressant, un poil trop cher cependant