Punch

Punch – RS 11 où les petits plaisirs

Il y a des jours où le monde est gris, morne triste. Le jour où on voit son avocat, où on se rend compte de la vacuité de certaines choses. Certains jours c’est frappant, on se sent comme un fou pris de lucidité dans un asile, comme un humain parmis les zombis. On se sent entouré de gens qui vivent un rêve, en dehors des limites de la réalité, accrochés à des notions abstraites, à des choses qui n’existent que dans leur tête, prisonniers d’une hypnose collective.

C’est particulièrement vrai quand dans la journée on est confronté et aux banquiers et aux avocats. Des gens insipides, cupides, égotiques, avec une approche des choses qui frise la folie et un contact humain à chier, des bonjours pénibles, de l’apparence et de la frime. Un hyper rationalisme qui rend possible l’hypothèse que les sociopathes sont les plus adeptes à survivre dans le monde. Des gens qui parlent de misère, de mort et de destruction avec le sourire, qui font fortune d’un savoir pour ignare, qui s’écoutent et se roulent dans la fange de leur ego comme des porcs dans la merde. Je ne sais pas si ça se sent que je les déteste, gratuitement, comme si mon cerveau reptilien se sentait confronté à l’ennemi naturel.

J’ai donc passé une journée exécrable. Celle qu’on noie, ou celle qui fait peur sur le monde de nos enfants, ou celle où on comprend les terroristes, ou la violence de la société fait du sens.

Quand j’étais gamin, on disait que la science aiderait l’humanité, qu’on ferait de grandes choses pour les autres.
Mon cul, on s’est juste aidé le porte monnaie. On est tous parti dans l’énergie, la banque, la finance. Dans l’argent facile, troussant et dépouillant ceux qui ne peuvent pas se défendre, et comme des microbes en anaérobie, on ne sait plus comment s’en sortir sauf à se dire « c’est le monde et c’est comme ça », fermer les yeux et enfoncer la tête dans le sable.

Dans ces moments, je vis une profonde introspection, assez glauque, partagée entre l’individualisme de se dire qu’on fait le nécessaire pour sa famille et celui de tout balancer. Bizarrement, aujourd’hui j’ai compris et quasiment accepté qu’un mec tire sur une banque de dépit, de dégout. Quand on méprise l’autre, que peut-on espérer d’autre que la vengeance et la haine en retour ? La chose a un côté luciférien, on doute de tout.

Bref, d’humeur joviale et glorieuse et quelques pintes en solitaire après, je rentrais chez moi, perdu dans ces idées pas franchement réjouissantes.

J’ai ouvert ma boite aux lettres, et là, le sourire m’est revenu. Comme un cygne noir, comme le dit Taieb, un événement dans la distribution peut tout changer, quelque soit sa probabilité, son poids structurel peut tout remettre en cause – Chose d’ailleurs que devrait ingérer ces fameux banquiers,…

Un mec, qui gratuitement te met un cigare en cadeau, sobrement. Et c’est un truc que t’as jamais fumé, jamais trouvé, et tu le sors de l’emballage. C’est une madeleine de Proust.

Il est à point. Ni trop ni pas assez. Il exhale une odeur épicée, le cuir. Je pourrais le manger 🙂

Les première bouffées sont magiques, de l’épice, du torréfié, c’est crémeux, plein de matière, avec une finale herbacée. Les bouffées se succèdent, et chacune est un tsunami qui me nettoie la tête, et me redonne le sourire. Une première gorgée de bière qui n’en fini plus. C’est un bon et grand cigare. Parfaitement élevé, linéaire dans le sens où le gain de puissance est très modéré et n’altère pas la richesse des arômes.

Je resterai réservé sur l’avis final, je n’en ai fumé qu’un. C’est plutôt histoire d’écrire un hommage à un mec bien, qui fait des choses gratuites et bien, et qui pense à faire plaisir gratuitement. Alors fuck la photo, fuck l’analyse, fuck le reste : je profite du moment et du cadeau.

Bref, j’ai commencé la journée avec le prototype de ce que l’on croit être les fumeurs de cigare : des parvenus prétentieux et sans intérêt, et je l’ai fini en remerciant ce qu’est le fumeur de cigare : un mec qui aime les plaisirs de la vie, qui aime le partage et l’échange.

Merci man !

Punch – Super Selecion n°2

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Pour changer, un Punch.

Ce punch est un beau corona gorda, un module qui se fumer en une heure environ, ancien et une fois de plus discontinué – encore une victime du marketing habanos ou de la surconsommation. Encore une incompréhension, mais heureusement pour nous, il reste un peu de stock ça et là et parfois une bonne surprise émerge.

J’aime Punch pour ce côté épicé et terreux très marqué, qui donne souvent des cigares pleins de goût, sans pour autant être des monstres de puissance.

Le Punch Super Selecion n°2 est un Punch bien né : roulage un peu rustique, cape maduro, légèrement nervurée, ferme.

Ceux que je possède sont issus d’un cabinet de 2001, pour un cigare dont la production fut arrêté en 2002, alors qu’il existait à priori de l’embargo.

A cru, il est terreux, le tirage semble juste, mais j’ai opté pour une décapitation en bonne et due forme.

Les première bouffées sont fabuleuses. J’aime d’ailleurs cela chez Punch, dans les bons moments, le cigare est en place de suite, je ne sais par quel hazard.

Il dit bien « Bienvenue chez Punch ». Ce sont des épices, du cèdre et un fond de terre humide. Le tirage est parfait. Les bouffées sont riches et rondes.

Les arômes restent en place et c’est une plaisante linéarité qui s’installe tant la complexité des arômes et agréable. La combustion me chatouille aussi les narines. Avant même de m’en être rendu compte, j’ai atteint la moitié du cigare.

Il devient alors plus puissant, plus torréfiés, passant quasiment dans le caramel, mais toujours ces épices…La fin du cigare est une apothéose et un brule doigt.

Si je devais le comparer à son homologue actuel, le Punch Punch, il est plus rustique, plus puissant, moins consensuel et à mon sens beaucoup plus intéressant pour un fumeur de cigare (peut être moins abordable pour un fumeur plus jeune ?).

Maintenant reste la grande question : pourquoi avoir arrêter ce cigare ? Un mystère digne de la baguette « pas trop cuite ».