Ashton VSG – Torpedo

vsgTorpedoAshton
Bien que je sois très amateur des cigares Fuente, cet amour à toujours été un peu irrationnel : après tout, c’est ma première fois !

J’ai donc un jour entrepris de regarder (et surtout fumer 🙂 ) ce qui existait dans les même registres / même terroirs.

Le St Do et par extension tous les terroirs non-cubains sont un véritable champ de mines car destinés principalement au marché nord américain, énorme, et pas obligatoirement très à cheval sur la qualité finale de la vitole, ou pour faire du pulpfictionisme, d’un système métrique « particulier ».

J’avoue que ce cigare m’a toujours superficiellement séduit : une très belle cape, grasse, sombre, une belle taile, une jolie bague. Quoi qu’en conclue la dégustation, on a vraiment l’impression d’un produit haut de gamme, fini, Il fait plaisir à toucher, à regarder, et ils sent un mélange de tabac, réglisse et cuir. Il fait envie.

Tout respire le bon cigare : un tirage à cru qui s’annonce plutôt cubain, un peu terreux et chocolaté, bref, un St Domingue bien léché.

Le premier tiers est très déroutant, car de tous ceux que j’ai fumé, il s’est avéré que le premier tiers est légérement ennuyeux, il prend du temps à se mettre en place et les arômes sont trop discrets.La combustion n’est pas toujours non plus très réguliéres, et demande souvent de petits « rattrapages ». Le tirage est un peu étroit aussi.

Au second tiers, il s’ouvre d’un coup, et devient là vraiment très agréable et très fin :  de la terre, du poivre, du chocolat, et du végétal, le tout avec un petit pointe d’amertume. Et ça devient carrèment sympa à partir du second tiers, mais relativement linéaire jusqu’à la fin. A noter que le tirage devient plus aisé, plus ample, la fumée est bien plus abondante et agréable.

Dans les particularité de ce cigare, il y a le taux d’humidité qui – comme d’ailleurs sur les Fuente, on sent la patte ! – doit être bien plus élevées que les cubains. Ce cigare nécessite une hygrométrie supérieure à 75% voir proche des 80%.

Ce cigare se révéle être une « histoire qui se termine bien », mais le démarrage est très décevant malgrè tout. Finalement, le format Torpedo n’est pas le plus adapté. Et la coupe de la tête n’y change pas grand chose.

C’est une gamme qui se doit d’être découverte, mais – et j’y reviendrais plus tard – les modules de plus petite dimension sont souvent plus sympas.

Partagas – Lusitanias

En fouinant ma cave à la recherche d’une vitole à grignoter, j’étais au début parti pour me faire comme diraient nos amis belges « un petit bazar ».  Et là je l’ai croisé du regard :

Lusitnanias

Le Lusitanias de Partagas, un beau double corona, tendu, majestueux, avec une belle cape grassouillette. Par réflexe, je l’ai attrapé pour le sentir, et là, ce sont les effluves de cuir, de tabac, une présence quasi animale. A l’allure, le « Lusi » en impose. On sait être devant un grand cigare, voir pour certains le plus grand cigare produit  par Cuba.

Je n’ai pas su résister, faiblesse de la chaire, j’ai tôt fait de la décapiter et de le porter à ma bouche. Le bois et le cuir ressortent à cru, le tirage est cubain, juste.

La première chose que l’on m’avait expliqué sur le cigare est que plus le cigare est imposant (diamétre, ou cepo et longueur), plus son démarrage sera doux. Au démarrage, le Lusi est une vitole de caractére : Il se cale immédiatement sur un bois précieux, et des notes de cuir, et délivre une puissance étonnante, mais sans violence. Je reconnais à cette vitole une de ses grandes qualités, elle délivre immédiatement ce que certains cigares délivrent à peine au second tiers. Le premier tiers est déjà complexe mais fin, puissant mais maitrisé. C’est la marque des très grands.

Au fur et à mesure, ce cigare ne se contante pas d’un démarrage de Roi, il évolue et continue de surprendre, avec de l’empyreumatique qui vient nuancer la palette et apporter une vraie évolution dans la saveur. Il devient plus terreux, prend de la longueur et de la consistance. La puissance est toujours bien maitrisée.

C’est un plaisir de jouer avec la fumée, de fermer les yeux pour essayer de dissocier et cerner les saveurs. C’est un voyage. J’aime sa mache exceptionnelle, sa longueur, sa puissance combinée à sa complexité. C’est un vrai moment de plaisir égoïste.

Quand le second tiers est installé, ce cigare est une symphonie. Le bois précieux, le cacao, le cuir, la terre, le végétal. Tout est présent, tout s’architecture. C’est le plaisir de fumer qui s’exprime. L’envie de jouer avec le cigare, de tirer longuement, de faire circuler toute la fumée et d’exciter toutes les papilles.

Je ne préte même pas attention à la combustion qui est parfaite en toute simplicité.

Le Lusi fait partie dans mon expérience de ces cigares qui s’avére être d’exception et qui finissent par faire se poser la question : quel miracle ou quel hasard a fait qu’un jour un homme a inventé le cigare ? C’est le regarder en souriant. Oui j’ai une forme particuliére de comportement qui est que je parle à mon cigare quand celui-ci me plait, me satisfait.

Il n’y a pas de moment pour un grand Lusi, le Lusi est le moment. Une évasion dans un pays de saveurs et de plaisir. Et même cette puissance n’est pas envahissante. Ce n’est pas un excès de brutalité, ce n’est pas piquant ou violent. C’est une grande maitrise. Il prend possession de vos papilles, mais n’agresse jamais.

Le problème est que j’ai le cigare gourmand : comprenez que quand mon cigare me parle, j’ai tendance à fumer plus vite pour le cerner en profiter, comprendre les arômes. Là où souvent j’ai planté des vitoles (surchauffe,  combustion hasardeuse), le Lusi que j’ai se laisse faire et ne bronche pas.

De toutes façons, le second tiers est une évolution permanente, un questionnement gustatif que rien ne perturbe. Il nous coupe du monde, c’est la contemplation.

J’ai lu un jour une personne dotée d’une belle plume, que j’encourage tous les débutants à lire et qui sévit sur les forums de l’association pour une poignée de cigare sous le pseudo de peintre, dire simplement : « J’ai toujours pensé qu’il y avait un AVANT et un APRÈS dans la vie d’un fumeur de cigares avec cette vitole !… »

Je trouve cette remarque juste. Le Lusi n’est pas abordable à une jeune bouche, pas simple d’accès, mais la première fois qu’on le cerne, on a touché du doigt ce qui rend le cigare si particulier.

En arrivant au dernier tiers, il n’est ni amer, ni chargé de nicotine. Il reste constant, Le fil rouge que sont le bois précieux et le cuir sont toujours présent, la vitole a juste pris de l’amertume (agréable) avec des notes de cacao et un grillé apprèciable.

Que ce soit de en rétro olfaction ou simplement en humant le fumée, il subjugue. Paradoxalement ,j’ai toujours eu du mal à dégazer ce cigare comme si l’apport de nicotine du dernier tiers semblait naturel, comme une règle du jeu.

Le seul reproche dans le temps que je puisse faire au Lusi et que malheureusement, la production n’est pas égale, et j’ai déjà trouvé des exemplaires bouchés, voir infummable. Mais pour ceux qui ont touché le vrai Lusi, qui l’on dégusté à s’en bruler les doigts, ils savent que ce n’est pas le tronc commun.

Un des particularités du Lusi est aussi qu’il est très franc. Il n’est ni brioché, ni patissier, et pourtant il reste gourmand.Un

Un grand moment dans la vie d’un fumeur de cigare, et la solitude du fumeur. Il se suffit à lui même.

Temps de retourner à la réalité.