Cigares

Le montecristo d 2005, le morse et les réseaux sociaux.

1 – Le premier tiers

Il y a quelques années, 3 préciséments, qu’au détour d’une civette j’ai acquis 4 boîtes de ce cigare abandonnées. Il a un format particulier que j’affectionne : le dalia. Longueur, finesse, élégance complexité aromatique; il a tout.

Nous avons avec quelques fumeurs consolidé la même année un groupe de fumeurs qui est devenu une grande bande de potes. Des mecs bon vivants qui aiment le cigare et ne cherche pas une audience mais à profiter de la vie. Des jouisseurs.

L’allumage est doux, gourmand, légèrement poussiéreux, cireux et les premières bouffées sont une nocturne de chopin faite cigare.

A la même période j’ai découvert le cigare dans les réseaux sociaux; plus précisément Facebook. Avant je ne fréquentais que les forums spécialisés français et étrangers.

J’ai pris une claque. J’ai découvert joe le fumeur. Le fumeur occasionnel; le fumeur de bague. Je n’avais été confronté qu’à l’amateur ou au passionné; dans des endroits modérés et avec finalement des gens de bonne compagnie avec qui les échanges n’étaient pas que virtuels.

J’ai du être témoin de barbarisme primaire appliqué au cigare; méprisant le produit; méprisant la tradition. Je n’avais jamais perçu qu’il existait des fumeurs avec si peu d’exigence d’eux. D’aucun dirait que j’ai vécu un choc culturel.

Je me suis retrouvé à discuter de ma passion avec des gens pas nécessairement passionnés et parfois aux antipodes; aux gens qui écrivent comme ils parlent; aux sms; aux selfies; bref a un culte de la personne autour du cigare bien plus souvent qu’un groupe autour du cigare.

L’exhibition avait remplacé la discussion; les avis étayés se sont fait rares. Tout est arasé : tout est justifiable au nom du chacun fait ce qu’il veut.

Beaucoup ont déserté, restant soit dans des groupes spécialisés ou les échanges sont réduits à de l’achat / vente à tout bonnement quitter les réseaux sociaux.

J’ai vu une notion que je n’avais jamais rencontrer dans le monde du cigare faire main basse: la médiocrité. Là où avant le débutant apprenait et était guidé; ou les débats étaient modérés et instruits; les groupes de cigares sont des fosses où le savoir est considéré comme du snobisme et les phrases comme une moquerie.

Hani découvert des débats proches des clivages pc ou Mac; Linux ou Windows; Apple ou Samsung. Je n’avais jamais vu ça. Comme si le terroir disparaissait. La résistance des autres terroirs a la dictature cubaine, le populisme appliqué au cigare.

2 – Le second tiers…

Arrivé à la fin du premier tiers la puissance augmente légèrement; la construction est parfaite.

Ce cigare se transforme en une belle symphonie d’Heydn; tout en douceur et une jolie présence. Humus; bois; fougère; champignon; cèdre; tout y passe. Une patte Montecristo indéniable

Et au ras des pâquerettes émergea un personnage singulier : Ker Mc gwalch; de son vrai nom Patrick Kersin; liégeois de son état et qui se met à photographier ses découvertes – dont il se défend aujourd’hui en les nommant ; li fourmire al nuts.

Le personnage est singulier car c’est un geignard qui se morfond en permanence de blessures; de problèmes d’argent – bref a la base, c’est le gros beauf de banlieue liégeoise, amateur de foot et buveur de Jupiler qui a autant de finesse et de classe qu’un hippopotame chiant sur un rocher.

A noter que bien qu édulcoré sur ses nombreux comptes fb, il y avait aussi un racisme non déguisé et s’il avait été français je l’eu bien imaginé votant Marine. Sans méchanceté aucune c’est un gentil looser.

La base de son raisonnement cigaristique tout à tourné autour du prix. Il a donc voué une admiration sans borne à des cigares juste parce qu’ils sont pas chers. Pareil – le cigare soyons clair est superfétatoire; pourquoi y amener une dimension financière ?

A cela il a ajouté un personnage un peu grotesque de guérisseur shamanique / indien – pour qui l’a vu mon fils m’a dit : LOL.

Physiquement le garçon est ridiculement en phase avec son manque finesse : petit obèse avec un physique ingrat – désolé mais là il n’y a pas d’équivoque. Imaginez vous avoir basiquement un nain dans Bilbo le hobbit, avec l’accent belge qui vous dit être un shaman indien.

Bref incapable d’écrire et avec des photos basse qualité; il se convainc être un grand amateur sur un blog : les passions de Ker MC Gwalch.

C’est en quelque sorte une victoire du populisme. Le droit à la médiocrité. Des scientifiques ont recherché pour inventer jusqu’à internet et voilà. C’est pour que Ker fasse un blog.

Là où il a cru avoir beaucoup de lecteurs je dois considérer qu’à une époque moi et mes potes on regardait tous les jours et on avait des fous rires. On y a contribué à lui créer cette audience.

Le chronométrage du temps, l’absence de description, l’explication de la bague les copier coller. Et sa ferme certitude d’être devenu une personnalité incontourminable du cigare.

Il l’avait érigé; son blog est un hymne à la vie de beauf; à la bêtise et à la médiocrité. Certains plus gentils que d’autres essayent de l’aider de lui expliquer. Rien n’y fait. Car c’est la même chose qui fait que ses articles sont si nuls : Ker est un paresseux, il suffit de voir son hygiène limitée sur les photos pour comprendre. Les tables salles, les cendriers. Ker est un fainéant qui veut des spectateurs sans fournir d’effort. Il faut le féliciter de tout. Ker est avant tout un gros narcissique de merde.

Quelques temps plus tard; il s’est érigé maître cuisinier et nous a gratifié de ses formidables : petits plats de ker. Et là tout y passe.

Il poste des photos de boudins broyé dans une assiette; de saucisses en boite zwan mélangées à des pâtes trop cuites…j’ai un jour dit qu’il pourrait chier dans son assiette et le prendre en photo comme un enfant vous présente ses premiers étrons dans son pot tout fier.

Il essaye même de vendre sa sauce bolognaise en bocaux. Oui. C’est allé jusque là.

Et il s’insinue dans notre vocabulaire :

Désormais entre nous nous disons : arrête de manger de la kerde et comme son mauvais goût est … paroxystique, nous fondons un concept le kerisme.

Son mauvais goût et à l’image de la connerie: un puit sans fond. Chaque fois il tombe plus bas.

Alors qu’il se rêve expert en cigares, il fume des schyzo.

Alors qu’il se rêve chef cuisinier, il mange des plâtrées de cuisine industrielle.

Alors qu’il se rêve fin connaisseur en eau de vie, il boit des whiskys de supérette.

Alors qu’il se rêve fine plume, il y a des enfants de 9 ans plus fort que lui en rédaction.

Et tout cela mâtiné de concept à la con mêlant allègrement franc maçonnerie, shamanisme, panthéisme et bouffonnerie.

Et petit à petit le personnage se révèle : intéressé; mesquin. Le personnage construit n’arrive pas vraiment à dépasser le beauf de banlieue. Et de toutes façons tout est ramené à la bottom Line : l’argent. Si ker fait ce qu il peut c’est qu’il n’a pas de thunes contrairement à nous pauvres snob.

Et pourtant il cherche désespérément à exister dans des univers connus pour être des produits chers. Allez comprendre…

3- le dernier tiers

La puissance est impressionnante pour un cigare de 12 ans d’âge. Empyreumatique; tertiaire. Ça casse la bouche ! C’est hyper rassasiant.

En découvrant des gens qui le connaissent physiquement; le consensus général est pauvre type. Intéressé, jaloux, paresseux, finalement tout se vérifie.

On arrive à l’époque où il ne fait plus rire, plus personne n’a envie de rire. Ses interventions agacent, parce qu’au final il n’a rien appris, bouffe à tous les râteliers et sa réduction à l’absurde : il ferait mieux s’il avait de l’argent.

Voilà. Arrive l’époque où on en a marre de lire ses conneries et voir des photos de sa bouffe ignoble et d’homme morse.

Plus personne ne rie. Et il continue pourtant à contaminer tout les groupes. Rhum, whisky, cigare et même vins. C’est quand même le seul mec que je connais à être arrivé sur un groupe d’amateur de vin avec une photo de Bordeaux de supermarché servi dans une verte moutarde et à l’avoir vécu sans gêne alors qu’un de mes amis cherche à discuter professionnellement car c’est son métier; il s’appuie sur lui sans vergogne pour assouvir son besoin inextinguible d’être vu et lu.

Il a fallu lui expliquer et il s’est encore justifié de ses articles – forcément – que ses lecteurs plébiscitent – forcément.

Ce qui fait qu’il m’insupporte à ce moment précis; c’est que non seulement c’est juste une grosse pute à clic incapable de bouger son cul.

Les saillies se font plus vives, moins agréables. J’en ai franchement marre. Car il faut dire qu’en bonne pute à clic, il vient dans les discussions et dans les groupes et finalement s’immisce dans les discussions pour finir par arroser tout le monde avec ses blogs à la con et son savoir de supérette.

4-la belle mort

J’ai laissé ce cigare s’éteindre dignement dans un cendrier sans Cristobal. Et j’ai bâché Ker.

Piqué au vif, il m’a bloqué sur Facebook , lui le grand blogger, le garant de la bonne morale et du laisser vivre, le grand expert. La critique lui est insupportable.

Et j’avoue ressentir une énorme fierté à avoir au travers de cela révèlé ce qu’il est dans le cigare, une gigantesque farce orchestrée par un imposteur.

Quant à ce que tu sais je l’ai lu. Et même ça tu ne l’assumes pas et tu n’as pas su aller jusqu’au bout par fainéantise. Et tu ne la mérites pas.

Bisous et happy bitch slapping!

Le prince, La danseuse et le fog

J’étais profondément enfoncé dans un canapé en cuir dont l’odeur légère de trop neuf se mélangeait  à mes volutes.  Ces volutes cubaines, épicées, dans lesquels je me perds souvent.

Je refais le match.

Qui à me voir pourrait croire que je voulais juste fumer un cigare ?

C’est la seule chose qui me fascine ce soir !

Sa patine, sa légèreté, son côté sous-bois, c’est un vieil homme. Comme moi. Un peu rugueux ; qui gagne à être connu et qui n’a pas trop mal vieilli – Le cigare bien sûr.

Elle, elle est magnifique. Une ode à la jeunesse, un charmant accent anglais, la fraîcheur d’un veau élevé tendrement sous la mère. Après tout,  je suis un gentleman.

C’était un moment plein de poésie, ou la violence du matériel me permettait de fumer un cigare dans un canapé à la condition de devoir regarder une gamine de 25 ans s’exhiber en riant devant moi.

J’avais besoin précisément de ce cigare. Un Prince of Wales, un Roméo et Julieta. Pas pour l’image pompeuse de l’amour shakespearien et du drame de l’individu.

Quand j’ai traversé la vallée des ombres, ce soir-là, il fut mon gardien. Certains me casseraient les couilles à me parler de religion et de spiritualité, tous ces bœufs qui se croient libre à ne rien savoir et être mécréants. Le monde est trop plein de tous ces gens qui se nourrissent de vide. Tous ces fainéants qui ramènent leur libre arbitre a tout faire pour n’exister que dans l’œil de l’autre.

Les yeux plongés dans la chatte d’une jeune anglaise de Mayfair ;  comme si l’origine du monde devenait le parfait point de fuite de la vie ; j’ai compris pourquoi ce Roméo et pourquoi le cigare avait cette influence sur ma vie. Il est parfois nécessaire de ne plus rien aimer sur terre pour que la plus petite chose soit un bonheur instantané – comme ce cigare.

Comme des caricatures vivantes ; nous étions arrivés avinés dans ce club ; ou tous les clients nous ressemblent – et ou surtout ceux qui ne nous ressemblent pas sont refoulés.

Les restes de cocaïne finissent paisiblement leur vie dans nos narines   et ses effluves amers se mélangent aux restes d’un vieux cheval blanc quelconque mais cher – donc excellent ; si j’en crois les manières du métro sexuel londonien qui me l’a servi.

Je m’en tape en fait. Le bon vin c’est quelque chose qui se partage et là il n’y a rien à partager. Juste de l’argent à dépenser. Et dans ces cas, il n’existe qu’une chose que l’on puisse s’offrir : du faux. Du paraitre. De l’ersatz. De la girlfriend experience.

Le quartier des tous les excès et des Ferrari qui couche dehors. Un restaurant passable mais agréable, des discussions de boulot ou on se moque de ceux qui réussissent moins, et on a refait certains matchs. Les filles seules minaudes, l’endroit sent l’argent, le bon gout est absent. Ça n’a pas d’âme, bienvenue au purgatoire.

Je me fais chier. En fait je crois que tout le monde le voit ou le devine. C’est la demi-vie. L’excès c’est ce qui demande le vrai courage. Celui d’aller au bout.

De toute façon je ne connais que l’excès. La raison m’ennuie et les gens raisonnables me font chier.

 Uber nous amène. La classe d’une berline allemande avec chauffeur au bout des doigts de tous les connards de la planète, principalement parce que c’est moins cher qu’un taxi.

Nous arrivons, le rideau s’ouvre, l’accueil est payant. Le vestiaire est payant. L’endroit est plein d’hommes aux yeux rougis par l’alcool qui ne veulent pas rentrer, ou sont seuls, et qui se transforment en caricature des loups de wall street. Nous inclus. Le magnum de champagne arrive. Les filles aussi.

Je regarde Mitch, one glass, one man down. Nous avons compris, nos boissons sont augmentées. Pratique courante de beaucoup d’établissement londonien. Il y a la drogue du violeur et la drogue de la stripeuse, celle qui ne te viole mais te laisse suffisamment inconscient pour te prendre ton pognon affaibli et docile. Et le lendemain tu te réveilles avec une armée de castors dans ta tête et ta carte bloquée.  Sauf les jours ou un narcotique éveillant chemine dans ton cerveau. Ça me fait rire. Alors on passe à la bouteille. Opening in front of us please – not negotiable

Les magnums se succèdent avec des hordes d’hôtesses payées pour nous vider les verres en nous faisant croire qu’on se fera vider les couilles et nous faire consommer – That’s the game. Tu veux jouer au loup, et ils t’ont vu, ils viendront tous essayer de te baiser.

Les jeunes m’envoient les filles, comme de la viande de bœuf au meat grinder. Certains sont trop gentils pour dire non. Certaines sont pushy. Certaines fois il faut parfois savoir dire : fuck off. Et à les croire j’ai un talent pour ça.

On nous ouvre le salon VIP, et ils le remplissent de filles dénudées. Bordel si j’étais né dans une cité chez les beaufs, la plupart pourraient être mes filles. Impossible d’être assis seul, je suis devenu irrésistible. Je vais voir le manager du VIP room et demande à fumer un cigare. Il me regarde calmement, se demandant si c’est un caprice de rock star ou si je suis simplement le seul être humain peuplant son club ;

Il me dit que je peux fumer dans un salon privé et que ça coute une danse d’une heure avec une fille. Les gars ont acheté un stock de danses, donc pourquoi pas. Je lui dis ok pour une danse privée sans danseuse. D’un flegme anglais remarquable il me dit qu’il envoie sa plus jolie fille pour ne pas avoir de problème. Just focus on your cigare.

Voilà à peu de choses comment j’en étais arrivé là.  Le second tiers de ce cigare est atteint, alors qu’il m’a bercé tout le début. Les volutes participent à un rêve lucide.

Voilà à peu de choses comment j’en suis toujours arrivé là. Une succession chaotique de tentatives de comprendre et donner du sens a la vie. Et un peu de béatitude de découvrir que l’humain ira toujours plus bas. Autant je n’aime pas les gens, autant je suis voyeur. Je n’aime pas les animaux, mais le concept de zoo me fascine.

Prince of Wales. Je souris en repensant à la boite bouchée d’un week end. Ce cigare est devenu une putain de légende.

Et pendant que j’ai devant des jambes qui se croisent se décroisent et un sexe épilé qui s’effleure, je pense à ces bons moments avec des bonnes personnes. Je les aime bien, juste je ne sais pas être chaleureux. Ni être présent. Je sais être là un moment et partir. Comme mon cigare.

C’est ce second tiers qui m’emmène ailleurs. Cette ersatz de musique au tempo lourd supposé assister le déhanché des gonzesses est loin,  et cette nana je m’en tape totalement. Tout m’indiffère, je suis dans ma bulle. Je fume paisiblement. Au milieu de l’enfer, j’ai trouvé un moment de paix.

Hilares, mes coturnes décident de financer une seconde danseuse, et c’est à l’entame d’un dernier tiers qu’apparait un spectacle irréel. Un chaos de rire, de shots, de parfums capiteux, et de lourdeur. Tout parait pourtant cotonné, comme dans la torpeur. Et pourtant mes sens sont alertes, je sens tous les arômes du cigare.

Tout le monde rit. Parce que je suis tellement concentré sur mon cigare que le spectacle d’ordre lesbien qui se déroule à un mètre de mon genou m’indiffère. La fin est puissante, rassasiante, comme ce cigare que l’on fume avec plus d’avidité, alors qu’il a perdu toute sa superbe et n’est plus qu’un petit morceau de tabac.

Welcome to sofisticat Sir.