PitBull – Carlito

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Une belle soirée d’enfin l’été, un cuba libe et je pars fureté dans ma cave autre terroirs qui commence à déborder. Et je croise un Carlito qui attend sagement la sentence avec ses semblables. Quoi que j’ai une bonne idée de ce qui m’en a donné envie (et je ne dirai pas la photo d’un ER de PL), ce grobusto joufflu avec sa cape foncé et grasse, chichement nervurée et sobrement décoré de ce petit noeud rouge ont achevé le travail de sélection.

Je me suis longtemps retenu de faire mon petit laïus sur ce cigare car à lui tout seul, il a déchainé bien des passions. Jugé comme la meilleure invention du monde puis consécutivement comme un mauvais cigare, ce cigare provoque chez moi une sympathie et je dois le reconnaitre une bienveillance particulière. Il est le fruit du labeur de sympatoches acteurs du cigare (Art Tabac), il est puro nicaragua et soit dit en passant il a de vraies qualités en tant que cigare.

De visu, c’est une belle réussite. Un cigare comme dirait son géniteur « plein », rond et ferme, avec une taille conséquente, mais qui reste cependant abordable. J’aime le fumer après un repas, accompagné d’un cuba libre ou d’une bonne vodka russe glacé comme la mamont. N’étant pas connaisseur en Tequila, je ne me suis jamais encore frotté à l’association du patron (Carlito et tequila). Le Carlito est apêtissant, bien fait et malgrè quelques boites, je n’ai jamais trouvé d’exemplaire bouché, ou d’inconstance.

D’une façon générale, je les conserve dans une cave plus humide que celles réservées aux cubains, aux alentours de 80%. Et je n’ai jamais rencontré de problèmes de tirage ou d’amertume.

Il sent bon l’étable et le cuir, et cette note de tabac agréable. A cru, il dégage des arômes légers d’épices et ventile très bien.  Un tirage un peu plus serré que ce que j’ai pu constater sur des Oliva ou des Cain, mais ce n’est pas un mal.

A l’allumage, la bête donne le La : des arômes de miel et d’épice, un beau volume de fumée, légére, et une cendre blanche immaculée légére elle aussi et de bonne tenue.

Une constante notée, probablement une jeunesse hyperactive, un dégazage sur le premier centimètre peut s’avérer nécessaire et salvateur. Là encore, j’y ai procédé et un magnifique dégazage de 10 secondes plus tard, voilà la fougue un peu calmée. Certains voient le dégazage comme un mal intrinséque au cigare, moi je le vois comme une méthode de fumeur, un acte parfois nécessaire pour profiter d’une belle piéce.

D’un point de vue savorique, le Carlito offre de la puissance, retenue sur les deux premiers tiers, et des arômes qui se câlent dans le miel, et évoluent vers un pain d’épice léger puis cvers des notes plus grillées. Simple, efficace et maitrisé. J’aime bien cette ligne arômatique, et surtout le fait que la puissance évolue correctement de façon à donner une évolution de la saveur, et pas un changement abrupte. Ce cigare glisse avec aisance d’un tiers à l’autre.

C’est difficile à décrire cette sensation de puissance fondue. Une puissance qui est là, mais pas asséchante, pas d’emportement, juste il occupe ce petit espace qu’est le palais, il a une belle longueur et laisse d’agrèables notes de pain d’épices.

La combustion est très réguliére, et ne nécessite pour ma part que très rarement des rattrapages, mais surtout c’est un easy smoke; il s’adapte facilement au rythme, ne s’impose pas.

Le dernier tiers tombe dans le cuir, le torréfié, mais cela reste étonnament rond, une puissance de saveurs, une présence du tabac, mais jamais écoeurante.

J’aime dans ce Carlito ce que j’aime dans le Cain ou le Tatuaje, et dans d’autres Nicaragua : c’est décalé de ce qu’offre Cuba, mais ça possède une identité propre. Ni au dessus, ni en dessus, mais à côté, différent et assumé.

Pour moi, c’est une belle réussite et un cigare que j’apprècie.

Maintenant une note plus personnelle, de fumeur de cigare et d’homme qui aime aussi vivre ses passions, le fait de voir l’homme qui les fait, de les avoir fréquenté suffisamment longtemps m’a aussi donné d’autres envies en fumant ce cigare. Je me suis dit « Et pourquoi pas ? », oui, et pourquoi pas un jour me reconvertir dans la fabrication de cigare. Pour dépassionner le débat, je dirais que je valorise deux éléments distincts :

– J’apprécie ce cigare tel qu’il est. Evidemment je n’ai pas fait de « blind test », je ne participe pas a des groupes de fumage de cigare et j’en bats ma coulpe si nécessaire. En fumeur, j’aime fumer cette vitole et j’aime l’offrir à ceux qui ne connaissent pas.

– J’apprécie l’initiative de l’homme de l’art qui est allé jusqu’au bout de son envie, et ça me donne un petit je ne sais quoi en plus quand je le fume.

 

Arturo Fuente – Opux X Robusto

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Attention cigare controversé. L’Opus X, vendu comme le meilleur cigare  du monde – s’il en est meilleur cigare du monde dominicain – par un procédé de fabrication hors norme, qui égréne les années de vieillissement et les surcouches de façon quasi putassiére. C’est un concours de qui à la plus grosse et qui fait pipi le plus loin. Avec mon incultisme légendaire et mon esprit trentenaire réac-post-nihiliste j’interprête comme un artefact marketing, le plus souvent ça m’agace au plus haut point de me sentir pris pour un abruti qui anônne.

Si je connais l’Opus X c’est qu’Arturo Fuente m’a conquis en me faisant découvrir le cigare et que j’ai donné le bénéfice du doute. Pas que je donne la palme au prétexte d’être un Fuente, mais j’ai un tropisme bienveillant.

Cela lui vaut donc l’honneur de rejoindre la marque Cohiba au range des fabricants de cigares outageusement chers, dont on ne sait jamais s’il faut s’extasier devant un objet rare et précieux ou si nous sommes devant l’arnaque du siécle.

On ne peut pas lui retirer, l’Opus X est un beau cigare, quasiment exécuté à la perfection : de la teinte au remplissage, jusqu’à le fumer à cru, on ne peut nier qu’il s’agit d’une belle piéce – et qui, contrairement à ses compagnons caribééns cubains, ne souffre pas d’irrégularité ou d' »effet bûche ».

A cru, il dégagé des arômes surprenants, très épicées, très présents. Le premier quart d’heure avec ce cigare est d’ailleurs un bon moment à lui tout seul, il est beau, il sent bon et il se fume à cru et c’est agréable. Vient toujours le moment délicat de l’allumage car soit ce sera « oh mon dieu » soit ce sera « oh non ». Là c’est juste doux, rond, plein, et le tirage est fabuleux. dense, . La fumée est belle, bonne, pleine de saveurs et dès les premières bouffées.

Oui il dégage de la cannelle, c’est surprenant, c’est un épicé qui n’a rien à voir avec la notion épicée cubaine, ce sont des épices chaudes ,sucrées, badiane, cannelle. J’adore !

Maintenant, ça se fait aussi longué et linéaire, et vive le Ruinart rosé magnifique qui l’a accompagné et le copain partageur, seul il m’ aurait lassé assez vite car le second tiers tarde, et n’apporte pas grand chose. Tout au plus on tire davantage dans le boisé, mais un boisé rustique, pas un boisé précieux, genre on a trouvé le cannelier et un peu de torréfié. Mais ça reste abondant en mache et en plaisir de fume, même si l’effet de surprise est bien dissipé.

Le dernier tiers rappelle que le cigare est âgé, un magnifique dégazage et il s’installe sur des notes de réglisse, de la nicotine et une belle puissance. Un final quand même rasasiant.

Intrinséquement, un consultant dirait qu’il présente des qualités indéniables, de façon terrienne je dis : il est bon, mais à ce niveau de prix, il y a beaucoup d’autres choses bien meilleures et plus intéressantes.

En revanche, je reconnais aussi à cette gamme sa qualité de fabrication, car si ils sont chers, rien n’est plus agaçant qu’un cigare cher et bouché (esplendiquoi ?).  De là  à être le meilleur ?

Dans le positionnement, je n’aurai pas de cubains disponibles, je serai ravi d’avoir cette gamme parfois car ce n’est pas du dominicain standard. Maintenant, le début est tellement prometteur que cette linéarité dominicaine, grief de beaucoup de fumeurs de cigares sur ce terroir et encore plus flagrante.`

Je donnerai une recommandation neutre.