Kung fu panda – L’attaque cubaine et la virginité crédule

Depuis 15 ans maintenant je fume le cigare. En 15 ans, mes goûts ont considérablement évolué, ma façon de fumer, mes habitudes, mon rituel de fumeur. J’ai lu, vécu, et appris. Parfois j’ai appris des conneries, parfois des choses intéressantes. Certains furent des mentors, d’autres furent des compagnons, certains se révélèrent être des ennemis. Une chose m’est acquise : les gens qui m’ont le plus appris du cigare sont des personnes entières et aux qualités humaines fortes. Le monde du cigare en tant qu’univers du produit de luxe est rempli de faux. Des hommes de communication et de marketing. Et de l’autre il y a les faiseurs de cigares, ceux qui font que chaque jour fumer un cigare est un plaisir et un apprentissage.

Pas le couillon qui va te forcer à percevoir trois tiers a réduire tes sens a quatre génériques et ridicules sensations, mais celui qui va t’apprendre au travail et à l’instruction à comprendre ce que tu fumes.
Le monde du cigare est dangereux pour le néophyte. Le panel est aussi large que dans les amateurs de garde-temps, de vins, voire de voitures – sur ce dernier je ne comprends rien, ça ne m’intéresse guère, sauf les jacky mobiles. Un mélange de technicité et d’expérience. Certains savent tout et ne comprennent jamais rien. Certains ont le gout des bellles choses mais pas  d’intérêt dans la technicité.

Et précisément là est mon point. Le monde du cigare est peuplé de vendeurs qui n’iront jamais voir comment sont fait leurs produits et se font une idée parfois saugrenue (Couronne de nyon), poussiéreuse (civette du palais royal),  comme parfois il y a des instants de grâce dans la science de la conservation (spring cigars), dans le contact humain et la réalisation (art tabac).
Il n’y a rien à espérer d’un vendeur sans passion, d’un vendeur qui ne fume pas et accueil son client l’œil terne. Tu fumeras oui, mais n’importe quoi, des cigares dont l’origine est perdue, avec des boites remplies à la poignée comme un poissonnier de supermarché remet de la glace sur son étal.

Il y aura l’hyper spécialisé, celui qui croit dans des produits atypiques, comme un caviste croit dans des vignerons inconnus, avec une ferveur pas toujours heureuse et des produits parfois mal adaptés.

 
Il y a le vendeur élitiste, qui ne jure que par les éditions rares, limitées, les behike et gran reserva. Celui qui dédaigne son client qui vient découvrir le por larranaga. Celui qui ne vend pas des cigares à fumer, mais des cigares de collections.

Pendant des années, je crois avec recul que je n’ai pas compris grand-chose au cigare. Un truc sur lequel je lisais, j’avais assimilé des idées saugrenues sur les tiers, comment allumer, comment couper. J’avais ritualisé sans vraiment comprendre j’avais pris le lot commun des comportements comme étant le bon. J’irais jusqu’à dire que je fumais normalement. C’est la description la plus juste qui me vient.
Bref, c’est l’histoire d’un mec.

Je me rappelle du jour où j’ai vu ce mec pour la première fois. Nous on était fiers, on avait nos vintages à bagues, nos humidors pleins, on fumait le dernier meilleur cigare de l’amateur de cigare et on achetait en civette, persuadé de savoir enfin fumer entre personnes de bonne compagnie. De temps à autre, on rencontrait des personnages plus ou moins haut en couleurs dans des fumoirs, qui nous présentaient des ‘raretés’ comme des faits exceptionnels.

Ce mec se baladait avec une IWC split minute, et un truc de rien à la bouche. Apres une conversation simple, le mec a ouvert son humidor. Un Xicar énorme. Dedans, des fundadores et des cigares magnifiques et sans bagues. Pas l’aspect bosselé et un peu rabougri des pseudo-vintages vendus dans les civettes parisiennes. Une odeur fraiche de tabac, des cigares tendus, lisses et juste beaux.

Après une heure de discussion, je lui offre un cigare et je le vois regarder ma boite avec peu d’intérêt. Limite j’avais l’impression que même me faire plaisir en prenant un truc dans mon humidor le faisait royalement chier. Je le voyais les retourner et les renifler. J’ai cru qu’il allait s’en enfoncer un dans le pif. Là, royal, il me sort, ‘Faut arrêter de tout garder ensemble, ils finissent par avoir le même goût’.

Aïe ça pique. Ma cave choisie après des heures de comparatif à la con sur la taille le stockage, l’essentiel m’avait échappé. Voilà donc, et le con, il ne prend rien. Mais absolument rien. Ni Tainos, ni 8-9-8, rien.  Il me sort un truc un peu difforme que j’avais vu une fois dans la bouche d’un fumeur particulier qui m’avait sorti une histoire de mélange a volonté fait pour lui et blah blah…Et là le gars qui se recale un cigare dans le pif, me le tend et me dis ‘Fume ça’. Moi je lui demande ce que c’est et il me répond ‘Bah c’est un cigare…’, l’air de me demander si j’avais l’intention de poser longtemps des questions connes.

J’ai pris une baffe. Une grosse. Je n’avais jamais fumé vraiment. En tous cas jamais comme ça.  En fait je ne savais pas mais ce soir-là j’ai rencontré le mec qui m’en a le plus appris sur le cigare. Pas l’adc et leur journalisme plumitif, les bouquins à la con de mecs qui ont plus de problèmes d’ego que d’envie de partage ou les bouquins hypothétiques de mecs qui passent les cigares sous le robinet.

Pendant des mois aprés, à chaque fois que je lui ai offert un cigare il m’a poliment répondu ‘J’ai les miens, ca va. ». Façon polie de me dire que non, c’était pas ça mes cigares. Mal conservés, mal humidifés, pas bandants quoi. Maintenant qu’il fume mes cigares, c’est un peu comme si j’avais eu mon élévation. 

J’ai rencontré un mec qui bouffe du cochon avec des cubains sans parler un mot d’espagnol et je pense juste parce qu’il est d’une gentillesse infinie. C’est le dude du fumeur de cigare. C’est peut être bien le mec que personne n’attend, ce n’est pas le vendeur de congélo chez darty qui te bassine de sa 6éme feuille, ce n’est pas un ingénieur agronome qui parle de la fermentation, et pour autant que je sache, c’est un mec qui en sait plus sur le cigare cubain que beaucoup. Pourtant il ne donne pas de cours, il donne des cigares avec plaisir, et il se contente de fumer avec toi – son seul plaisir c’est quand tu reconnais qu’ils sont bons. Et quand tu parles de tiers, il rigole, voir quand il lit mon blog, dans les 15 minutes qui suivent un nouvel article j’ai un sms qui me dit ‘C’est de la branlette ton truc’.

C’est le seul mec que j’ai vu rentrer dans un palace en jogging et offrir un cigare au voiturier ou au portier je ne sais plus, avant de rentrer  s’affaler dans le fumoir. Et pourtant parfois, il se met à parler de comment il sait le cigare. Et là il devient quasi religieux. Je ne peux pas dire, il serait furax, mais c’est du grand. C’est les valseuses du cigare. C’est un mec à lui tout seul il fout la merde à l‘intertabak de Dortmund et il colle tous les mecs soit disant pros en 3 questions. C’est le grand escoffié du cubain. Et il ne prend personne de haut. 

Depuis le temps a passé et ce mec parmi d’autres quand je suis parti en suisse s’est assuré régulièrement sans que je lui demande rien si ma famille allait bien.  C’est un mec qui bosse et qui se démerde comme peu de gens le font sans attendre qu’on l’assiste. C’est un mec qui partage tout ce qu’il a avec une gentillesse énorme. J’ai rigolé avec ce mec, on s’est endormi en fumant des chibres fait cigare de merdasse dominicaine, j’ai essayé de le piéger avec des Nicaragua – j’ai jamais réussi à le piéger sur l’origine d’un cigare. On a écumé les fumoirs, écouté des histoires de fumeurs, fait des trucs stupides, rit aux larmes. Bref, au fil du temps ce mec qui un jour m’a gentiment offert un cigare est devenu un ami.

Et salute amigo, parce que les cigares quand je les fume pas avec toi, ils ne sont pas tout à fait pareils – Faudrait quand meme serieusement que tu envisages de te mette au pinard, Douch.

BACK – FOR GOOD

Je l’ai vu. Ça y est. Le syndrome de la page blanche. L’absence d’envie d’écrire, de se sentir con et naze au bout de 3 lignes. C’est horrible.

Pendant ce temps, j’ai passé mes soirées dans un bar de Genève. Il se nomme : La plage.

 Et alors que je croyais m’être éloigné de ce blog quelques jours je suis tombé dans un lieu de perdition. Un lieu où Balzac a croisé Houellebecq et ils en auraient profité pour nous pondre un lardon.

 Je me suis un peu retrouvé seul dans une nouvelle tranche de vie, accompagné de personnages pittoresques; d’une palette allant du Suisse du valais (le mec qui quand il sort avec une fille c’est en fait sa soeur), le kéké genevois (2nde ville la plus safe du monde, mais il était baron de la drogue a 19 ans et avait une grosse BMW et c’était la teuf tous les soirs, mais maintenant, il a plus 3 balles pour sa bière), le garagiste homosexuel frontalier qui n’a pas fait son coming-out a cinquante balais, et des gentils perdus, l’ancien surfeur qui surfait en Californie dans l’atlantique (sic), l’étudiante déchirée qui parle a 300 kilomètre heure, la barmaid brésilienne aux seins refais.

Dans ce bar on joue sa bière aux dés : la bière est à 4 francs Suisses ou sinon c’est le score au lancé de dés en France. J’ai découvert quelque chose : certains naissent pour faire des 6. Ça n’a rien d’un hasard; c’est une prédestination.

On retrouve une ambiance de petit patelin avec les histoires hypothétique d’un gars un peu benêt que des histoires rapportées ont transformé en tueur sanguinaire mais qui dit pardon monsieur quand il bouscule, des vieux retraités qui écoulent leur retraite au tribolo, attrape couillon local.

Tu vas me dire : Mais pourquoi ? Simple fils! Je suis un gars archi-simple et qui aime les gens simples. Et le fumoir Genevois…

Faut dire que dans le fumoir Genevois, il y a du connard de compétition. De l’ultra lourd; fat; et pire que du Parisien – Bien pire. Un peu comme le croisement génétique d’une tribu consanguine avec une lignée de milliardaire. Ça en confine à l’eugénisme; mais à l’envers. Si le but c’est d’avoir des rustres, gras, cons et mal élevés, Genève bat Paris haut la main. Ce n’est même pas battre tellement la barre est haute.

A côté du fat fuck genevois nourri a la moitié-moitié et aux gambas à gogo (le terme m’avait toujours indiqué la présence proche d’un gogol, maintenant j’en ai la certitude, ils m’entourent), le parigot fait office de mec sympa et avenant quoi qu’un peu  lourd avec ses conneries de bobos. Là les mots me manquent. Des connards. Des vrais. Puants, pesants, mal élevés. D’ailleurs la preuve : Ils boivent du vin suisse. Oui.

Rhaaaa putain le vin suisse, ça a failli me faire arrêter le vin ! C’est un peu comme le Suisse de Genève : Ça manque d’élevage et c’est mal fait.

Des vins acides, sans longueur, sans finesse. Ils font même du vin avec du chasselas. Oui oui !!!!! Toi tu le bouffes a table, eux ils font du Fendant, a prononcer avec une accentuation a la con sur le fen du genre Feiiiiinnnndaaaaaant. Je n’en mettrai même pas dans un cubi pour faire un kir. Ici ils aiment avec un chauvinisme de tellement mauvais goût que j’ai renoncé à leur faire boire du vin. Ils disposent des meilleurs Riojas, chianti, voir vins du Rhône. Et ben non, ils vont se défoncer le bide a coup de Dame noir ou de noir divin (vous noterez l’humilité, du noir divin, fait à Genève au bord de la route.)

Genève c’est un retour dans le passé. Une société homophobe, xénophobe, qui vit dans son enclave et déteste le monde entier. Et surtout les frontaliers qui au final font tourner leur ville parce que les fat fucks sont trop fainéants pour faire ces travaux-là. Les deux arguments phares sont : il y a le lac et la montagne. Super chouette. C’est vrai que c’est super de se dire : je vis dans une société rétrograde, patriarcale et fascisante, mais l’air est pur – faut-il y voir une corrélation ? Non mais je pense surtout que l’état d’esprit local et  surtout la propension au gras sont une explication suffisante à la prostitution locale qui est abondante – on peut même parler de concurrence ici.

Comme dans tous les endroits où l’argent règne, rien n’a de charme, rien n’a de goût particulier, mais tout a un prix. D’ailleurs comble du mauvais gout, il y a des fumoirs dans les salons d’escortes – enfin les bars à putes mais chers quoi. La classe. La quintessence.

Toute cette charmante faune je l’ai observée en silence, fumant mes cigares. Pour les derniers, je suis un niais qui fume sans bague (Mais à quoi ça sert ???) pour les premiers, au pire c’est de la démonstration sociale (faut dire qu’à côtoyer les premiers, faut pas leur reprocher), je n’ai au bout de 6 mois fumé avec vraiment personne. Des clubs d’affaire aux terrasses, mes potes fumeurs me manquent.

J’aimerai dans certains moments voir mon bonzes inondé de lumière mon moment en expliquant au gros lourd qui me dit de tremper mon cigare dans l’alcool avant de l’allumer d’aller se faire mettre.

Bref, ici dans cet endroit ou un fumeur devrait s’épanouir (vu les boutiques et la bonne qualité des cigares) mais il n’en ait rien : le cigare c’est le partage. C’est moche à dire, mais le plaisir de fumer ce monarchas, ce n’était pas la ‘party on the roof top’ d’un palace, c’était de contempler le lac avec un cigare offert en pensant au commentaire qu’on en ferait. Ce monarchas était grand, doux suave, j’aurai cru fumer un grand Sir Winston d’ailleurs. A l’aveugle je me serai fait avoir.

Le plaisir ça a été de rencontrer un mec qui m’a dit que mon blog lui manquait de faire l’effort de le faire, même si je ne vais pas parler cigare beaucoup. Ça a été de rigoler dans un fumoir avec deux vrais amateurs en dépiautant un cigare qu’on ne connaissait pas. C’est la curiosité, les yeux qui s’illumine quand on se refile une vitole l’air entendu – ça c’est bon mon ch’ti pépère dirait l’ami.

 

Alors pour l’histoire:

Merci Mathieu pour le sancho panza, la visite des civettes léhmaniques

Merci Marc pour le juan lopes

Merci Flavien et Ludo pour le Monarchas, le RA 898, le Paratagas-ki-va-mourrir-ce-soir, et le por Larranaga

Merci Douch de fumer avec moi sans complexe quand je rentre en sol parisien

Merci Pascal d’amener des blancs du rhone pour remonter le moral à ton pépére

I’m back in business.

Bitches!