Cubain

La Escepcion – Selecto Finos, le plaisir et le bonheur

IMG_1621[1]

C’est un soir simple, ou comme dirait mon accompagnateur, encore une soirée de merde. C’est une jolie soirée dont je retiens une phrase simple, tellement évidente qu’elle peut faire sourire. Le plaisir n’est pas le bonheur. Cette simple phrase qui dissocie le moment de l’état, et qui invite à réfléchir autour d’un cigare.

Je passais un excellent moment avec connosieur d’Upmann, qui m’avait baladé dans les fruits secs avant de m’offrir un joli pain d’épice pour le goûter. C’est précisément là que vient l’envie : celle de fumer un cigare que j’aime, un cigare qui en plus d’être un excellent cigare à mes yeux et aussi une petite leçon de vie. – J’ai le temps, l’envie de faire durer le moment et d’avoir un petit instantané de bonheur. Et il me fait de l’œil depuis mon Xicar.

Ce cigare c’est le selecto finos de la escepcion. Une marque oubliée, un module qui ne fait franchement l’unanimité chez les fumeurs de rocky fucking patel  et une édition limitée de haut vol.

C’est beau, tendu ; la classe d’un ancien cigare, la sobriété d’un module cubain bien roulé. A cru il dégage cette typicité cubaine, indescriptible. A cru on sent qu’il va arrêter le temps, le suspendre, arrêter le bruit. Il sent la grosse claque dans ta gueule de biatche. J’en suis ému. Ca sent le cuir, l’épice.

Mais revenons en arrière.

Pourquoi me suis-je retrouvé dans cette pénurie d’un grand cigare ? Très simple. J’ai passé une soirée dégustation de ce cigare dans un club. A l’époque j’en avais commandé une boite. Je me souviens qu’outre l’accueil spartiate des membres fondateurs du dit club, les réflexions plus ou moins très peu intelligentes de la blonde du fond, les blagues lourdes des cons qui se voient fins jouteurs et la crasse rudesse du mec qui voit sa vie sociale dans un cigare, on avait avec mon pote passé un moment détestable. Au mieux on riait des autres, au pire on se faisait chier. Le tout arrosé d’un cocktail pas vraiment mémorable. J’en avais fini par classer ce cigare dans la case ‘Pas glop’ et j’avais annulé la commande sans vraiment de gros remords.

Et quelque temps plus tard un jeune vitologiste me fit avoir un orgasme de la bouche avec le même cigare. Va comprendre ? Va comprendre surtout qu’il n’y a pas de temps ou d’instant plus valable qu’un autre pour fumer. On ne peut pas s’assoir avec un cigare prévu deux semaines à l’avance et se dire qu’on va le fumer en 42 minutes. Au mieux on va pouvoir rapidement remplir des pages de blog avec. Sauf que l’on est dans tout sauf le cigare. Le cigare est une petite communion des esprits dans un petit moment de bonheur. – Même un villa zamorano dans une après-midi pêche avec des potes…..Naaaaan j’déconne. !

Bref ce cigare, c’est une grande pièce. Comme un bout d’histoire cubaine. Pas un de ces jeunots acides et revus ; une vieille dame avec de la classe. Il démarre sur un torréfié léger, très légèrement végétal, pas très distant d’ailleurs d’un fundadores vintage qui aurait baisé toute la nuit avec un ramon allones 8-9-8. Il est délicat et en même temps la puissance est présente mais sans agressivité. Comme ces vieux cubains, plus sur le tabac.

A l’évolution du cigare, on entre dans du bois ciré, du tertiaire et l’impression de croquer dans une tartine de pain grillée au petit, le végtal verse presque dans le fenouil. Oui on verse dans l’onirique. C’est là que je me suis mis nu et que je me suis roulé par terre avec torsion des tétons dans la rue en gémissant le cigare à la bouche. Dans un mouvement d’une classe rare.

Dans sa fin de vie, il me baffe. Il est puissant le bougre sur sa fin. Mais là on beaucoup de cubains tombent dans arômes un peu lourds – Zino lui-même ne disait-il pas que le dernier tiers était inintéressant et revenait à chiquer du tabac ? – C’est comme un expresso à jeun. C’est hyper torréfié, légèrement poivré, et c’est rassasiant.

L’impression que me laisse ce cigare est forte. Déjà il est offert par un passionné avec une envie profonde faire plaisir, ce qui lui donne une petite charge émotionnelle supplémentaire. Il est chargé du souvenir d’un moment fabuleux en Alsace avec des moules et un vitologiste et au final le mec avec qui j’avais peu aimé ce cigare est passé du pote à l’ami, et c’est un bonheur de lui envoyer une photo en l’imaginant me dire ‘ça c’est bon mon pépère’.

Ce cigare est comme moi et comme les fumeurs que j’aime, comme mes amis du cigare, il est d’une simple, terrien et gourmand. Il est rustique et pourtant il sait être fin.

Ce soir-là j’ai aussi découvert un mec qui partage ces valeurs. La simplicité, l’humain et les plaisirs terriens. Alors oui, ok, aujourd’hui c’est un cigare de collection. Cher, cherché, tradé, stocké, sur lequel on fait des enchères. Effectivement il y aura toujours un fumeur de bagues pour l’exhiber comme un trophée, et il y en aura toujours pour tout ramener à l’argent. Là ici sur ce cigare, c’est vulgaire. C’est comme une œuvre d’art vendue à un mec qui le voit comme un placement. Sans poésie et sans beauté, avec cette manie actuelle de tout monétiser.

Moi je dis fumeurs, unissons-nous et retirons du marché ce cigare. Il mérite les hommages des fumeurs de cigare. Il mérite que la boite ou la jarre soit ouverte entre copains, au chaud de quelques fous rires et discussions animées, et surtout il mérite la minute de silence que ce groupe lui offrira aux premières bouffées, en nous extirpant du temps.

La minute du Vitologiste – Comment surfer sur la vibe – Por Larrañaga Secretos Edición Regional España

M. Volutes est généreux : non content de pratiquer avec ses potes l’open-humidor, l’open-cellar, l’open-house, l’open-mouth (pas de mauvais jeux de mots svp !), …  – tout sauf l’Open-Montecristo. Ce dernier pratique également l’open-blog. Merci pour l’encart, bises

msg-4403-0-60984400-1399307015_thumb

Dans le monde des fous de la vitole, il y a des cigares qui font le buzz, plus hype que le bâton de fumée commun. Vous vous rappelez peut-être de « La Escepcion », réédtion exclusivement italienne d’une marque cubaine disparue. Vénéré par certains, ou détesté par d’autres, ce Panetela a fait parler, à tel point que par on ne sait quel miracle il est toujours dsponible, cher, et se décline désormais en jarre. Bon, moi je l’ai adoré – fin épicé et singulier – mais ce n’est pas le propos.

Le Por Larrañaga Secretos fait partie de ces must-have du moment. Pourquoi ? Parce que pour une fois exclusivité ne rime pas forcément avec découvert autorisé. Le Minutos vous en coûteras 3,85 euros pièce ce qui amène la boîte de 25 à moins de cent boules. Du coup, Habanos a bien prévu son coup, 8000 boîtes produites, du jamais vu chez les éditions régoniales. A se demander, mais je ne m’en plains point, la réalité de l’exclusivté car si territoriale certes, certaines vitoles de chez Bolivar, SLR ou Cuaba par exemple sont bien moins produites chaque année.

Por Larrañaga. Une marque très appréciée de l’amateur éclairé, déjà hype par sa méconnaissance du fumeur de bague, et encore plus par le simple fait que la majorité de sa gamme est constituée d’éditions régoniales. Jusque là trois vitoles au catalogue cubain classique pour déjà treize ER depuis 2006. Habanos a enfin compris le potentiel de la liga PL comme je me plaît à la décrire et envisage une édition La Casa Del Habano pour 2014 (comprenez 2015) avec le Picadores, en Hermoso No.4. Les fan de pâtissier, d’empyréumatique et d’épices légères seront ravis.

Mais revenons-en à notre short. Loin de moi l’envie ou la capacité de mon hôte Volutes à digresser avec sa verve si délicieusement grivoise ; tentons simplement de comprendre « what is all the fuss about this cigar » ?!

Le prix on le sait, la « rareté » en toute relativité, et le cigare lui-même ? J’ai eu la chance en tout début de commercialisation de le découvrir au hasard d’un boxsplit* (*partage de boîte) auquel j’ai participé. Cinq de reçus, deux de fumés pour, trois d’offerts – un pote, un coup de coeur, re-des-potes. Re-un de reçu et refumé. Puis un passeur manifesté, un boîte dans le courrier, re-deux de fumés, re-deux d’offerts. C’est aussi ça le cigare, plus on en sème plus il en pousse.

Tous emboîtés en juillet 2013, c’est à point dans leur neuvième mois qu’ils ont tous été dégusté. Cape fauve toujours admirablement posée, lisse et luisante, une belle régularité dans la production. L’odeur qui s’en dégage, et encore d’avantage dans la boîte, l’est tout autant. Musquée, chocolatée, une pâtisserie bien fraîche. Les corps sont bien rond et les roulages toujours au poil, je n’ai pas encore expérimenté de tirage cubain ou de bûches.
Pour ceux qui le connaissent, je ferais l’analogie avec une des fameuses autres ER de la marque, l’Encantos – tant en terme d’aspect que d’arômes – un Lonsdale dont je tends à penser que la liga a été quasi-intégralement reprise.
A cru tous les symptômes d’un bon jeunot, fougueux et expressif de céréales (malt), chocolat et herbe fraîche. Le fumage offre un mélange typique de noisettes et d’épices au démarrage. Puis lors du final plus corsé et puissant, de la réglisse, du cuir et du cacao. Plusieurs dégazages sont nécessaires pour tempérer une fougue qui persiste toujours.

Sur tous ceux fumé il y en a un qui est sorti du lot, comme s’il avait fait un bond dans le temps, et a apporté cette rondeur qui vous fait fumer le machin jusqu’aux cloques sur les lèvres. L’âge en fera alors très certainement un cigare plus rond durant le divin, un peu désordonné pour le moment.

Bref, point overrated, mais encore bien jeune sachez-le, si vous avez sous la main un passeur, tendez-lui le billet vert, vous ne serez pas déçus 😉 .

Le Vitologiste.