Pitbull – Muchacha

muchacha
Le petit frére, ou plus exactement la petite soeur si je ne m’abuse, de la marque produite par Art Tabac, civette parisienne que j’adore. 
Un beau cigare, de format proche d’un robusto, avec un cepo conséquent. Comme dans la fraterie, le cigare a de la gueule avec cette fois une bague en tissu bleu, a la fois sobre et de bon goût.

La cape est sombre, lisse, tendue, le cigare est moelleux, plus humide que ses cousins caribéens, et dégagé à cru une forte odeur de terre et de cuir. Il sent bon, il est beau, manque le sable chaud.

Je les conserve tout comme le Carlito à un niveau d’hygrométrie, j’ai cru comprendre – chose que je ne savais pas – que les tabacs du nicaragua sont plus hygroscopiques que les tabacs cubains. Voilà qui m’apprendra à ne m’intéresser qu’à les fumer 🙂

Tout de go, je trouve le Muchacha différe du Carlito. Le Muchacha réussi pour moi un exercice périlleux : un registre terreux, végétal (Il m’offre une balade dans les sous bois après la pluie) et des notes franches de cédre. Et pourtant, ceux qui me lisent savent qu’à priori je ne suis pas un fan du terreux. L’entâme est plus franche, plus virile, on se sent immédiatement dans le vif du sujet.

Il n’a pas la finesse d’un cubain, mais les arômes sont nombreux, clairs et fondus. Comprendre dans mon idiome que j’aime son côté franc, dôté d’un bon volume de fumée. C’est difficile de se dire que celui qui les produit ne les fume pas; et en même temps je comprends que cette ligne arômatique puisse dépaire en étant moins consensuel que le Carlito, plus franche et une politique de prix bizarre (seulement quelque centîmes séparent les deux cigares) nettement à l’avantage du Carlito.

Cependant, comme son frangin, celui là n’a rien à envier aux autres productions et même mieux, il produit une chouette évolution car Muchacha a son petit caractére. Il finit par un coup de moulin à poivre dans le premier tiers, et l’apparition de notes torréfiées; avec toujours en fond, ce que je peux oser identifier maintenant comme du cédre, de l’humus et du cacao amer – Oui tout ça. Soit je fais des progrès, soit mes papilles se dégradent.

Bref, j’aime. Et ça s’accompagne bien de boissons fraiches, un peu poivrées et végétales et je recommande à chacun qui peut de tenter d’aller redécouvrir le concombre, le basilic et la vodka chez Majid, au Rhum Marin, rue Saint Maur dans le 11éme ou simplement de réviser une vodka comme la Mamond (je sais bis repetita).

Le dernier tiers reste dans ses notes, avec une charge conséquente de nicotine qui laisse des arômes de réglisse, et de terre, une belle alliance.

Je pense de ce cigare au final qu’il peut autant emballer les fumeurs qui cherchent une nouveauté et un cigare franc, simple et bien réalisé, mais sa puissance et sa franchise peuvent rebuter d’autres fumeurs, qui cherchent un cigare plus rond et plus complexe.

C’est déjà un exploite de faire tourner une civette avec du choix en France, alors que dire d’un mec qui les met sur le billot pour produire un cigare de bonne qualité, hyper arômatique et typé ? Moi je dis : chapeau l’artiste.

Bolivar – Libertador

images (6)
Je ne vais pas m’en cacher, ce cigare est un de mes cubains favoris et le seul Bolivar que je pratique réguliérement, même si je reconnais que c’est une excellente marque, ce n’est pas celle que je choisis naturellement – mais je me soigne.

Encore plus paradoxal, c’est une ER. Oui, un de ces trucs sur lesquels je m’épend réguliérement et que par habitude, et je ne sais si c’est être rebelle que de ne pas aimer me faire refiler du robusto au taris du double co.

exceptio probat regulam in casibus non exceptis

Même si mes stocks partent en peau de chagrin, j’aime ce cigare. J’aime sa richesse arômatique, sa puissance, sa taille. Dans ma cave, il trône à côté des Sir Winston. C’est le dauphin probablement, par coup de coeur.

Car si lors de mes premiers achats à sa sortie il était diablement rond et arômatique, tranchant je trouve assez singuliérement avec la ligne puissante et franche Bolivar, ce cigare à un potentiel de vieillissement hors norme. Ils sont tous devenus sombres, luisants, avec un gras quasiment palpable. Et c’est diaboliquement apêtissant.

A son époque, son côté grand gros était aussi un peu hors norme, avec un cepo suffisant à dire d’un coupe chou que s’il était en mesure de décapiter un libertador, il serait capable de décapiter tous les autres. Peut être par manque d’intérêt de ma part, mais il ne m’avait pas semblé à ce moent être envahi des gros boudins antillais du nicaragua comme les Cain, Tatuaje, et même dans cette gamme, il est nettement plus fin.

C’est donc avec un plaisir certain que j’ai décapité le plus gras d’entre tous, visuellement parfait, avec un bel arôme de cuir.  A cru, c’est un mélange particulier, que l’on ne trouve que dans certains cubains qui ont un potentiel de vieillissement. Un mélange de bois précieux, de cire et d’oléagineux, très fin, très marquant Il se confirme à l’allumage, ou le pied est conséquent. La rétro olfaction m’en met plein les sens, et simplement : c’est bon – très bon.

Le tirage est conséquent vu le cepo, mais régulier et cohérent. Il y a une bonne mache, du volume et c’est un vrai plaisir de le machônner. Il va évoluer doucement et prendre du corps et de la puissance, assumer sa naissance. Il reste sur du bois précieux, de l’oléagineux, et la puissance amène un peu de poivre, et du torréfié. Le second tiers est une superbe évolution du premier tiers. Ce vieux cigare me fait une démo, et c’est difficile de tout identifier, tout se fond, on trouve ça et là des notes de café, de poivre, de graines torréfiées, du végétal.

Le dernier tiers c’est une démonstration de puissance contrôlée, on tire dans le cuir et dans le café, bienvenue chez le torréfacteur, avec une note de réglisse, prouvant que la nicotine est là et bien là.

L’âge lui apporte ce grain de folie qui lui manquait les premières fois, je suis content de l’avoir conservé dans ma cave, et 5 ans plus tard, quelle belle valeur; comme un âge de raison.

J’en sors ko, complêtement rasasié.

Si par hasard vous tombez sur quelques exemplaires bien conservés…