Cigares

Hoyo de Monterrey – Des dieux, vintage et mode corse

Depuis longtemps je bois du vin. C’est devenu une telle passion que j’en fais même faire pour moi – suis trop une moule pour me lever le matin et faire tout ce boulot et tout le travail inutile que je fais, faut bien que quelqu’un le fasse. 
Le vin me fascine par ses variantes, le travail du vigneron, le sol, l’élevage, la pression, l’extraction et après le résultat. J’ai bu des vins qui m’ont mis la larme a l’œil, la chaire de poule. J’ai bu des picrates infâmes et même certains jours du rosé. J’ai bu les grands crus et les vins de garage, passé des heures à goûter des vins.j’ai bu des symphonies a 10 euros et des naufrages a des milliers. 
Alors qu’elles sont semblables, je n’ai jamais vraiment su faire cohabiter mes deux passions : le vin et le cigare. Au mieux j’ai fait co-exister et au pire je suis tombé sur des gogols capables de boire de la Romane Conti sur un Bolivar en se tapant sur les cuisses de leurs goûts de cuistres. Parfois j’ai eu quelques espoirs mais souvent le déséquilibre était la. Le tannin des grands rouges tuant le cigare et le cigare déglinguant l’acidité et la tension des blancs. Peut être plus Le champagne mais je ne bois guère ce foutre bulleux a gonzesse- il fonctionne trop bien avec le cigare et ça m’agace profondément.
Hoyo c’est souvent une marque conchiée. Parce que le cigare pour plein de gens quand on connaît on fume du viril et du puissant par ce salon des couilles et qu’on est des bonhommes. Du Partagas, du Bolivar. Dans les cas les plus avancés de mauvais goût exponentiel connerie on fume du Camacho. 

Comme si la faculté de fumer du cigare fort dénote d’une forme de maturité de fumeur de cigare dans la pyramide des fumeurs. 
Moi j’aime bien Hoyo, j’aime l’indolence du mélange, ce boise subtil mâtiné d’épice.
Et finalement mon avis sur hdm n’a pas changé dans le temps mais mon quotidien de fumeur oui. Et la on me sort un module que j’ai adoré : le Hoyo des Dieux. J’ai déjà dit ce que j’en pense ici : http://volutes.blog.fr/2012/05/28/hoyo-de-monterrey-hoyo-des-dieux-13761965/
Putain. Out of nowhere. De l’époque où les gogols d’un club Cigare disait que Hoyo c’était un truc de débutant assis sur leur rocher au singe de lecteur du havanoscope. 
Donc le des dieux.

J’adore le module et je trouve que c’est celui qui met le mieux en valeur Hoyo avec le double corona. Voilà donc que je trouve un cab de cette vitole et pire qu’on me propose de l’associer a de la bière.
Je n’ai pas la culture de la bière. Pour moi la bière c’est un alcool de troquet, le truc qui te saoule a l’école dans la soirée du jeudi soir et le truc ou au bout d’un litre l’anglais venu te gonfler te lâche les burnes vers 18:00.
Voilà moi on me dit bière je pense beuverie facile, pression. 
Pire je bois de la heineken et de la budweiser. Et en pintes. Pour moi les mecs boivent de la bière en soirée et les gonzesses des vodka redbull ou du rose. ( paraît que sur certaines îles, les hommes se font des papouilles après des danses tribales mais ca…chut)
La bière c’est le truc que tu bois en concert et tu te fous de la marque. Tu regardes le gars et tu dis deux pintes, il te les verse sans faux col et basta.
Aujourd’hui j’ai pigé : je suis un profane de la binouse; une pucelle de la boisson à la levure.
Pourtant je suis rentré dans une supérette de petit patelin avec un accueil digne d’une prison de haute sécurité et j’ai trouvé ce que l’on m’avait conseillé à 1,8 euros trônant sur une étagère métallique à côté de bières aromatisée. 

Quand je me suis retourné j’ai vu les vins et la j’ai douté. Franchement non quoi merde. Je sens bien que l’alcool de qualité ne m’entoure pas. Mon foi m’a dit ´fait pas ca, c’est un corse il veut que j’explose’; de l’autre j’allais pas continuer à m’enfiler des petites heineken.- même si ça fait moins mal.
Quand je suis passé en caisse j’avais l’impression d’être un pochetron qui se paye sa chopine en monnaie. M’en branle elle ressemblait a rien la matonne caissière – c’est à dire pire que moche. Je dirai simplement que pendant dix secondes je me suis vu comme un très très mauvais bukowsky qui allait écrire une très très mauvaise page de factotum.
Je pensais écrire un pamphlet sur les gros cons donneurs de leçons qui se mettent à baver la teub dans la main des qu’il perçoivent la présence de quelque chose de vaguement féminin et sûrement putassier. Non vraiment t’a des jours plus que d’autre ça fait chier d’être un mec. Ou plutôt ça fait chier de se dire que statistiquement on se fait assimiler à cette masse de connards qui se branlent dans des mouchoirs à longueur de journée en pensant que s’ils sont obligés de se vider dans des mouchoirs c’est par ce que toutes des salopes. 
Bref – Vu le moule bite du mec a côté avec sa coupe de cheveux je me suis dit que c’était toujours préférable que de se sentir Franck dubosc dans camping.
J’ai suivi les instructions en bon apprenti. Silence et travaux.

Bière fraîche, verre approprié, bouteille droite et décapsulée.
Le cigare est pas à proprement beau, mais c’est l’odeur du cab qui m’a séduit. Tirage parfait, premières bouffées parfaites, petite salinité, boisé, gourmand. J’avais oublié ce petit bonbon Cubain.
Et bref j’attrape le breuvage et je sens. Pas grand chose. C’est clair et la mousse est très légère, on dirait presque un panaché (:-)). Ma femme, parfaite en tous points voyant cette bouteille et œuvrant au champagne me demande texto ‘ c’est quoi cette bouteille de poivrot’. ´ une recette corse ´ j’ai dit. Je l’ai sentie inquiète. Entre l’invasion de boîtes dans l’appartement et mes coutume alcooliques qui changent et ce côté ado qui rigole devant son téléphone, elle se dit que je craque. 
Je bois craintif et la ….
Bordel.
C’est bon.

C’est même très bon.
Cette merde a 1 balles et du foutre est fraîche, c’est tout fruité et une jolie amertume. Et ça passe comme ça. 
Incrédule je chope le cigare, et je prends une bouffe de sa mère !!!!!! La putain de bouteille de supérette est un exhausteur de Hoyo. Ça fonctionne parfaitement bien. Les quatres zones de la langue sont la. Je crois que c’est l’alliance la plus heureuse que j’ai faite avec un cigare.
J’ai passé 15 minutes à jouer au petit chimiste – avant après, petite bouffée, grosse bouffée. Les belges le savent pas ils ont inventé l’accompagnement du Hoyo des dieux. Paf. Comme ça. Ça fait chier ca. Des milliers d’euros de pinards; des journées épouvantable a moitié ivre; sans jamais trouver l’alliance. Des neuneulogues, des clubs cigares, des maîtres de liga, des vitologistes et pan dans ton cul. La soluce coûte un balle et trône sur une étage de supérette à côté du baron de lestac et de la désespoirado.
Ca m’a d’ailleurs tellement troué le cul que pendant que je raconte ca j’ai un rs11 de punch avec une chimay bleue et que j’aime ça. Pire j’ai laissé la bague…
Bon je vous laisse :j’ai de la bitch a slaper.

Kung fu panda – L’attaque cubaine et la virginité crédule

Depuis 15 ans maintenant je fume le cigare. En 15 ans, mes goûts ont considérablement évolué, ma façon de fumer, mes habitudes, mon rituel de fumeur. J’ai lu, vécu, et appris. Parfois j’ai appris des conneries, parfois des choses intéressantes. Certains furent des mentors, d’autres furent des compagnons, certains se révélèrent être des ennemis. Une chose m’est acquise : les gens qui m’ont le plus appris du cigare sont des personnes entières et aux qualités humaines fortes. Le monde du cigare en tant qu’univers du produit de luxe est rempli de faux. Des hommes de communication et de marketing. Et de l’autre il y a les faiseurs de cigares, ceux qui font que chaque jour fumer un cigare est un plaisir et un apprentissage.

Pas le couillon qui va te forcer à percevoir trois tiers a réduire tes sens a quatre génériques et ridicules sensations, mais celui qui va t’apprendre au travail et à l’instruction à comprendre ce que tu fumes.
Le monde du cigare est dangereux pour le néophyte. Le panel est aussi large que dans les amateurs de garde-temps, de vins, voire de voitures – sur ce dernier je ne comprends rien, ça ne m’intéresse guère, sauf les jacky mobiles. Un mélange de technicité et d’expérience. Certains savent tout et ne comprennent jamais rien. Certains ont le gout des bellles choses mais pas  d’intérêt dans la technicité.

Et précisément là est mon point. Le monde du cigare est peuplé de vendeurs qui n’iront jamais voir comment sont fait leurs produits et se font une idée parfois saugrenue (Couronne de nyon), poussiéreuse (civette du palais royal),  comme parfois il y a des instants de grâce dans la science de la conservation (spring cigars), dans le contact humain et la réalisation (art tabac).
Il n’y a rien à espérer d’un vendeur sans passion, d’un vendeur qui ne fume pas et accueil son client l’œil terne. Tu fumeras oui, mais n’importe quoi, des cigares dont l’origine est perdue, avec des boites remplies à la poignée comme un poissonnier de supermarché remet de la glace sur son étal.

Il y aura l’hyper spécialisé, celui qui croit dans des produits atypiques, comme un caviste croit dans des vignerons inconnus, avec une ferveur pas toujours heureuse et des produits parfois mal adaptés.

 
Il y a le vendeur élitiste, qui ne jure que par les éditions rares, limitées, les behike et gran reserva. Celui qui dédaigne son client qui vient découvrir le por larranaga. Celui qui ne vend pas des cigares à fumer, mais des cigares de collections.

Pendant des années, je crois avec recul que je n’ai pas compris grand-chose au cigare. Un truc sur lequel je lisais, j’avais assimilé des idées saugrenues sur les tiers, comment allumer, comment couper. J’avais ritualisé sans vraiment comprendre j’avais pris le lot commun des comportements comme étant le bon. J’irais jusqu’à dire que je fumais normalement. C’est la description la plus juste qui me vient.
Bref, c’est l’histoire d’un mec.

Je me rappelle du jour où j’ai vu ce mec pour la première fois. Nous on était fiers, on avait nos vintages à bagues, nos humidors pleins, on fumait le dernier meilleur cigare de l’amateur de cigare et on achetait en civette, persuadé de savoir enfin fumer entre personnes de bonne compagnie. De temps à autre, on rencontrait des personnages plus ou moins haut en couleurs dans des fumoirs, qui nous présentaient des ‘raretés’ comme des faits exceptionnels.

Ce mec se baladait avec une IWC split minute, et un truc de rien à la bouche. Apres une conversation simple, le mec a ouvert son humidor. Un Xicar énorme. Dedans, des fundadores et des cigares magnifiques et sans bagues. Pas l’aspect bosselé et un peu rabougri des pseudo-vintages vendus dans les civettes parisiennes. Une odeur fraiche de tabac, des cigares tendus, lisses et juste beaux.

Après une heure de discussion, je lui offre un cigare et je le vois regarder ma boite avec peu d’intérêt. Limite j’avais l’impression que même me faire plaisir en prenant un truc dans mon humidor le faisait royalement chier. Je le voyais les retourner et les renifler. J’ai cru qu’il allait s’en enfoncer un dans le pif. Là, royal, il me sort, ‘Faut arrêter de tout garder ensemble, ils finissent par avoir le même goût’.

Aïe ça pique. Ma cave choisie après des heures de comparatif à la con sur la taille le stockage, l’essentiel m’avait échappé. Voilà donc, et le con, il ne prend rien. Mais absolument rien. Ni Tainos, ni 8-9-8, rien.  Il me sort un truc un peu difforme que j’avais vu une fois dans la bouche d’un fumeur particulier qui m’avait sorti une histoire de mélange a volonté fait pour lui et blah blah…Et là le gars qui se recale un cigare dans le pif, me le tend et me dis ‘Fume ça’. Moi je lui demande ce que c’est et il me répond ‘Bah c’est un cigare…’, l’air de me demander si j’avais l’intention de poser longtemps des questions connes.

J’ai pris une baffe. Une grosse. Je n’avais jamais fumé vraiment. En tous cas jamais comme ça.  En fait je ne savais pas mais ce soir-là j’ai rencontré le mec qui m’en a le plus appris sur le cigare. Pas l’adc et leur journalisme plumitif, les bouquins à la con de mecs qui ont plus de problèmes d’ego que d’envie de partage ou les bouquins hypothétiques de mecs qui passent les cigares sous le robinet.

Pendant des mois aprés, à chaque fois que je lui ai offert un cigare il m’a poliment répondu ‘J’ai les miens, ca va. ». Façon polie de me dire que non, c’était pas ça mes cigares. Mal conservés, mal humidifés, pas bandants quoi. Maintenant qu’il fume mes cigares, c’est un peu comme si j’avais eu mon élévation. 

J’ai rencontré un mec qui bouffe du cochon avec des cubains sans parler un mot d’espagnol et je pense juste parce qu’il est d’une gentillesse infinie. C’est le dude du fumeur de cigare. C’est peut être bien le mec que personne n’attend, ce n’est pas le vendeur de congélo chez darty qui te bassine de sa 6éme feuille, ce n’est pas un ingénieur agronome qui parle de la fermentation, et pour autant que je sache, c’est un mec qui en sait plus sur le cigare cubain que beaucoup. Pourtant il ne donne pas de cours, il donne des cigares avec plaisir, et il se contente de fumer avec toi – son seul plaisir c’est quand tu reconnais qu’ils sont bons. Et quand tu parles de tiers, il rigole, voir quand il lit mon blog, dans les 15 minutes qui suivent un nouvel article j’ai un sms qui me dit ‘C’est de la branlette ton truc’.

C’est le seul mec que j’ai vu rentrer dans un palace en jogging et offrir un cigare au voiturier ou au portier je ne sais plus, avant de rentrer  s’affaler dans le fumoir. Et pourtant parfois, il se met à parler de comment il sait le cigare. Et là il devient quasi religieux. Je ne peux pas dire, il serait furax, mais c’est du grand. C’est les valseuses du cigare. C’est un mec à lui tout seul il fout la merde à l‘intertabak de Dortmund et il colle tous les mecs soit disant pros en 3 questions. C’est le grand escoffié du cubain. Et il ne prend personne de haut. 

Depuis le temps a passé et ce mec parmi d’autres quand je suis parti en suisse s’est assuré régulièrement sans que je lui demande rien si ma famille allait bien.  C’est un mec qui bosse et qui se démerde comme peu de gens le font sans attendre qu’on l’assiste. C’est un mec qui partage tout ce qu’il a avec une gentillesse énorme. J’ai rigolé avec ce mec, on s’est endormi en fumant des chibres fait cigare de merdasse dominicaine, j’ai essayé de le piéger avec des Nicaragua – j’ai jamais réussi à le piéger sur l’origine d’un cigare. On a écumé les fumoirs, écouté des histoires de fumeurs, fait des trucs stupides, rit aux larmes. Bref, au fil du temps ce mec qui un jour m’a gentiment offert un cigare est devenu un ami.

Et salute amigo, parce que les cigares quand je les fume pas avec toi, ils ne sont pas tout à fait pareils – Faudrait quand meme serieusement que tu envisages de te mette au pinard, Douch.