Cigare

Partagas – Lusitanias

En fouinant ma cave à la recherche d’une vitole à grignoter, j’étais au début parti pour me faire comme diraient nos amis belges « un petit bazar ».  Et là je l’ai croisé du regard :

Lusitnanias

Le Lusitanias de Partagas, un beau double corona, tendu, majestueux, avec une belle cape grassouillette. Par réflexe, je l’ai attrapé pour le sentir, et là, ce sont les effluves de cuir, de tabac, une présence quasi animale. A l’allure, le « Lusi » en impose. On sait être devant un grand cigare, voir pour certains le plus grand cigare produit  par Cuba.

Je n’ai pas su résister, faiblesse de la chaire, j’ai tôt fait de la décapiter et de le porter à ma bouche. Le bois et le cuir ressortent à cru, le tirage est cubain, juste.

La première chose que l’on m’avait expliqué sur le cigare est que plus le cigare est imposant (diamétre, ou cepo et longueur), plus son démarrage sera doux. Au démarrage, le Lusi est une vitole de caractére : Il se cale immédiatement sur un bois précieux, et des notes de cuir, et délivre une puissance étonnante, mais sans violence. Je reconnais à cette vitole une de ses grandes qualités, elle délivre immédiatement ce que certains cigares délivrent à peine au second tiers. Le premier tiers est déjà complexe mais fin, puissant mais maitrisé. C’est la marque des très grands.

Au fur et à mesure, ce cigare ne se contante pas d’un démarrage de Roi, il évolue et continue de surprendre, avec de l’empyreumatique qui vient nuancer la palette et apporter une vraie évolution dans la saveur. Il devient plus terreux, prend de la longueur et de la consistance. La puissance est toujours bien maitrisée.

C’est un plaisir de jouer avec la fumée, de fermer les yeux pour essayer de dissocier et cerner les saveurs. C’est un voyage. J’aime sa mache exceptionnelle, sa longueur, sa puissance combinée à sa complexité. C’est un vrai moment de plaisir égoïste.

Quand le second tiers est installé, ce cigare est une symphonie. Le bois précieux, le cacao, le cuir, la terre, le végétal. Tout est présent, tout s’architecture. C’est le plaisir de fumer qui s’exprime. L’envie de jouer avec le cigare, de tirer longuement, de faire circuler toute la fumée et d’exciter toutes les papilles.

Je ne préte même pas attention à la combustion qui est parfaite en toute simplicité.

Le Lusi fait partie dans mon expérience de ces cigares qui s’avére être d’exception et qui finissent par faire se poser la question : quel miracle ou quel hasard a fait qu’un jour un homme a inventé le cigare ? C’est le regarder en souriant. Oui j’ai une forme particuliére de comportement qui est que je parle à mon cigare quand celui-ci me plait, me satisfait.

Il n’y a pas de moment pour un grand Lusi, le Lusi est le moment. Une évasion dans un pays de saveurs et de plaisir. Et même cette puissance n’est pas envahissante. Ce n’est pas un excès de brutalité, ce n’est pas piquant ou violent. C’est une grande maitrise. Il prend possession de vos papilles, mais n’agresse jamais.

Le problème est que j’ai le cigare gourmand : comprenez que quand mon cigare me parle, j’ai tendance à fumer plus vite pour le cerner en profiter, comprendre les arômes. Là où souvent j’ai planté des vitoles (surchauffe,  combustion hasardeuse), le Lusi que j’ai se laisse faire et ne bronche pas.

De toutes façons, le second tiers est une évolution permanente, un questionnement gustatif que rien ne perturbe. Il nous coupe du monde, c’est la contemplation.

J’ai lu un jour une personne dotée d’une belle plume, que j’encourage tous les débutants à lire et qui sévit sur les forums de l’association pour une poignée de cigare sous le pseudo de peintre, dire simplement : « J’ai toujours pensé qu’il y avait un AVANT et un APRÈS dans la vie d’un fumeur de cigares avec cette vitole !… »

Je trouve cette remarque juste. Le Lusi n’est pas abordable à une jeune bouche, pas simple d’accès, mais la première fois qu’on le cerne, on a touché du doigt ce qui rend le cigare si particulier.

En arrivant au dernier tiers, il n’est ni amer, ni chargé de nicotine. Il reste constant, Le fil rouge que sont le bois précieux et le cuir sont toujours présent, la vitole a juste pris de l’amertume (agréable) avec des notes de cacao et un grillé apprèciable.

Que ce soit de en rétro olfaction ou simplement en humant le fumée, il subjugue. Paradoxalement ,j’ai toujours eu du mal à dégazer ce cigare comme si l’apport de nicotine du dernier tiers semblait naturel, comme une règle du jeu.

Le seul reproche dans le temps que je puisse faire au Lusi et que malheureusement, la production n’est pas égale, et j’ai déjà trouvé des exemplaires bouchés, voir infummable. Mais pour ceux qui ont touché le vrai Lusi, qui l’on dégusté à s’en bruler les doigts, ils savent que ce n’est pas le tronc commun.

Un des particularités du Lusi est aussi qu’il est très franc. Il n’est ni brioché, ni patissier, et pourtant il reste gourmand.Un

Un grand moment dans la vie d’un fumeur de cigare, et la solitude du fumeur. Il se suffit à lui même.

Temps de retourner à la réalité.

Rêverie, ô cigare invisible du sage ! – Victor Hugo

Un jour comme les autres où je révais, un ami me dit que je devrais fumer un cigare car c’est le meilleur compagnon de la contemplation. A ce moment, je n’étais pas certain de ce que cela devait signifier. Toujours est-il que pour moi, ce cigare était le truc putassier et nauséabond que son pére se collait dans la bouche en le sortant d’un boite assez banale mais qui semblait attirer toute son attention.  Besoin de reconnaissance, mauvais goût, nouveau riche, je ne savais pas vraiment comment interpréter ce geste. Fallait reconnaitre que le geste était néanmoins élégant, d’allumer ce quasi bout de bois d’une allumette en quelques instants.

Des années plus tard, j’étais en république dominicaine à las terranas . Au détour d’une plage, je senti une odeur fabuleuse. Chaude, épicée, boisée. J’ai vu un homme allumant son cigare. Ca m’a intrigué. J’ai la nature curieuse, et comme l’on m’a dit, je suis frappé de nomadisme intellectuel
las-terrenas-republique-dominicaine-02

Bien sur, comme tout ce qui touche aux plaisirs, j’ai essayé de comprendre en achetant n’importe quoi. Heureusement, une bonne âme passa, m’expliqua que ce cigare qui me semblait bon ne l’était pas et me fit découvrir un nouveau monde grâce à  ce qu’il nomma un « Fuente ». J’en suis revenu avec ma première boite. Le churchill d’Arturo Fuente fut le premier cigare de mon initiation.  C’est ce cigare :
arturo-fuente-churchill
Par chance, mon « maitre » m’a montré comment le couper, et comment l’allumer. Il m’a montré le rythme, et surtout ce soir là, j’ai découvert comment pendant plus d’une heure il est possible d’éveiller ses sens à des arômes fins, et de contempler ces belles volutes. C’est vraiment une chance. Se faire guider et découvrir. J’ai découvert ce soir là des saveurs que je ne connaissais pas, difficilement descriptible d’ailleurs. Mais là où je croyais à une fumée acre, épaisse, j’ai trouvé une fumée ronde, gourmande, et des saveurs.

De retour chez moi, j’ai décidé d’acheter une cave. Forcémment, j’ai trouvé le moyen d’acheter une cave et des cigares. Je ne savais pas que j’étais sur le point de découvrir le Sir Winston, le lusitanias, l’épicure, ou encore plus récemment, le Edge.

Aujourd’hui, une dizaine d’années ont passé. J’ai découvert d’autres cigares, d’autres terroirs, d’autres saveurs, mais la passion reste la même.

Mon cigare aujourd’hui, c’est celui que je partage avec mes amis, amateurs ou curieux occasionnels, c’est celui que je regarde vieillir dans ma cave.

Le cigare est un luxe oui. Mais pas le luxe vulgaire qu’affiche le monde actuel. Le cigare, c »est le luxe et le privilége de s’accorder du temps, c’est le luxe d’avoir le temps.

Je n’ai pas la technicité ni les mots de beaucoup d’amateurs, tout comme j’aime le vin sans pour autant verser dans l’oenologie. Je voudrai partager ma passion avec tout le monde avec mes mots et mes impressions : mes cigares, leurs volutes et la contemplation.

F.