La Escepcion – Selecto Finos, le plaisir et le bonheur

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C’est un soir simple, ou comme dirait mon accompagnateur, encore une soirée de merde. C’est une jolie soirée dont je retiens une phrase simple, tellement évidente qu’elle peut faire sourire. Le plaisir n’est pas le bonheur. Cette simple phrase qui dissocie le moment de l’état, et qui invite à réfléchir autour d’un cigare.

Je passais un excellent moment avec connosieur d’Upmann, qui m’avait baladé dans les fruits secs avant de m’offrir un joli pain d’épice pour le goûter. C’est précisément là que vient l’envie : celle de fumer un cigare que j’aime, un cigare qui en plus d’être un excellent cigare à mes yeux et aussi une petite leçon de vie. – J’ai le temps, l’envie de faire durer le moment et d’avoir un petit instantané de bonheur. Et il me fait de l’œil depuis mon Xicar.

Ce cigare c’est le selecto finos de la escepcion. Une marque oubliée, un module qui ne fait franchement l’unanimité chez les fumeurs de rocky fucking patel  et une édition limitée de haut vol.

C’est beau, tendu ; la classe d’un ancien cigare, la sobriété d’un module cubain bien roulé. A cru il dégage cette typicité cubaine, indescriptible. A cru on sent qu’il va arrêter le temps, le suspendre, arrêter le bruit. Il sent la grosse claque dans ta gueule de biatche. J’en suis ému. Ca sent le cuir, l’épice.

Mais revenons en arrière.

Pourquoi me suis-je retrouvé dans cette pénurie d’un grand cigare ? Très simple. J’ai passé une soirée dégustation de ce cigare dans un club. A l’époque j’en avais commandé une boite. Je me souviens qu’outre l’accueil spartiate des membres fondateurs du dit club, les réflexions plus ou moins très peu intelligentes de la blonde du fond, les blagues lourdes des cons qui se voient fins jouteurs et la crasse rudesse du mec qui voit sa vie sociale dans un cigare, on avait avec mon pote passé un moment détestable. Au mieux on riait des autres, au pire on se faisait chier. Le tout arrosé d’un cocktail pas vraiment mémorable. J’en avais fini par classer ce cigare dans la case ‘Pas glop’ et j’avais annulé la commande sans vraiment de gros remords.

Et quelque temps plus tard un jeune vitologiste me fit avoir un orgasme de la bouche avec le même cigare. Va comprendre ? Va comprendre surtout qu’il n’y a pas de temps ou d’instant plus valable qu’un autre pour fumer. On ne peut pas s’assoir avec un cigare prévu deux semaines à l’avance et se dire qu’on va le fumer en 42 minutes. Au mieux on va pouvoir rapidement remplir des pages de blog avec. Sauf que l’on est dans tout sauf le cigare. Le cigare est une petite communion des esprits dans un petit moment de bonheur. – Même un villa zamorano dans une après-midi pêche avec des potes…..Naaaaan j’déconne. !

Bref ce cigare, c’est une grande pièce. Comme un bout d’histoire cubaine. Pas un de ces jeunots acides et revus ; une vieille dame avec de la classe. Il démarre sur un torréfié léger, très légèrement végétal, pas très distant d’ailleurs d’un fundadores vintage qui aurait baisé toute la nuit avec un ramon allones 8-9-8. Il est délicat et en même temps la puissance est présente mais sans agressivité. Comme ces vieux cubains, plus sur le tabac.

A l’évolution du cigare, on entre dans du bois ciré, du tertiaire et l’impression de croquer dans une tartine de pain grillée au petit, le végtal verse presque dans le fenouil. Oui on verse dans l’onirique. C’est là que je me suis mis nu et que je me suis roulé par terre avec torsion des tétons dans la rue en gémissant le cigare à la bouche. Dans un mouvement d’une classe rare.

Dans sa fin de vie, il me baffe. Il est puissant le bougre sur sa fin. Mais là on beaucoup de cubains tombent dans arômes un peu lourds – Zino lui-même ne disait-il pas que le dernier tiers était inintéressant et revenait à chiquer du tabac ? – C’est comme un expresso à jeun. C’est hyper torréfié, légèrement poivré, et c’est rassasiant.

L’impression que me laisse ce cigare est forte. Déjà il est offert par un passionné avec une envie profonde faire plaisir, ce qui lui donne une petite charge émotionnelle supplémentaire. Il est chargé du souvenir d’un moment fabuleux en Alsace avec des moules et un vitologiste et au final le mec avec qui j’avais peu aimé ce cigare est passé du pote à l’ami, et c’est un bonheur de lui envoyer une photo en l’imaginant me dire ‘ça c’est bon mon pépère’.

Ce cigare est comme moi et comme les fumeurs que j’aime, comme mes amis du cigare, il est d’une simple, terrien et gourmand. Il est rustique et pourtant il sait être fin.

Ce soir-là j’ai aussi découvert un mec qui partage ces valeurs. La simplicité, l’humain et les plaisirs terriens. Alors oui, ok, aujourd’hui c’est un cigare de collection. Cher, cherché, tradé, stocké, sur lequel on fait des enchères. Effectivement il y aura toujours un fumeur de bagues pour l’exhiber comme un trophée, et il y en aura toujours pour tout ramener à l’argent. Là ici sur ce cigare, c’est vulgaire. C’est comme une œuvre d’art vendue à un mec qui le voit comme un placement. Sans poésie et sans beauté, avec cette manie actuelle de tout monétiser.

Moi je dis fumeurs, unissons-nous et retirons du marché ce cigare. Il mérite les hommages des fumeurs de cigare. Il mérite que la boite ou la jarre soit ouverte entre copains, au chaud de quelques fous rires et discussions animées, et surtout il mérite la minute de silence que ce groupe lui offrira aux premières bouffées, en nous extirpant du temps.

San Luis Rey – Andorre, l’acharnement et la folie

La section Sud de poignée de cigares, un corse marseillais qui boit des apéros et des Raffineries du gard; voilà un panel idéal pour une virée à Andorre. On a beau vieillir, si on se consterne de notre physique tous les jours, il n’est pas faux que la gente masculine a de grosses difficultés a maturer. Bref nous sommes partis en road trip, laissant ces petites feuilles roulées nous unir dans l’antre du cigare pas cher : Andorre.

C’est là qu’un s’est décidé de tordre le coup a mes préjugés sur San Luis Rey. Moi je ne sais pas ce que c’est le bon San Luis Rey. Même quand j’achête un Cab; les seuls que je fume sont bouchés. Quand j’achéte à la piéce, ils sont fades. Et pourtant je passe mon temps à entendre des gens me dire que c’est un des meilleurs cigare du monde (Churchill Vintage) ou une tuerie (SLR A).

J’ai passé mon trajet (3:00) avec un SLR Serie A vintage, qui était bien mais sans plus (Sinon il n’aurait pas duré trois heures…). Des arômes légèrement épicés et mielleux, mais vraiment sans plus. C’est bien le problème des vintages et des femmes : a force d’attendre ce n’est plus nécessairement au top.

Andorre, c’est deux endroits, le Pas de la Case, une espèce de cité HLM conçue par un daltonien cubiste où vont et viennent comme un lapin dans sa lapine des hordes de groseilles habités de la fièvre acheteuse, déambulant avec des cartons de Ricard détaxé. Là ça met dans le vif du sujet : difficile de dire que tu viens faire du tourisme culturel.

Le premier magasin, je ne m’en souviens pas : j’étais dans la retenue. Petit échoppe (Clément ?) avec un choix assez classique; principalement cubain. Le second je m’en souviens mieux tant il m’est rarement arrivé dans ma vie de voir un vendeur, jeune de surcroit, avoir aussi peur d’avoir des clients. Bref, on ne peut rien toucher, on l’agace, il se bouffe les ongles a s’en faire un moignon et j’aime pas. Je suis un gars idiot, mais l’idée de lâcher du blé à un mec antipathique m’agace – et pour ça, on a inventé les banquiers et les assureurs. Si si les mecs qui font les kékés avec notre pognon. L’Everest du mauvais goût.

En quittant le Pas de la Cas, direction Andorre la Vieille, ou après moult manettes, on fini par arriver dans un hôtel sordide, où on s’attend a voir sortir l’inspecteur Laverdure dans son imperméable fripé tellement il est resté dans son jus. C’est un quatre étoiles. Le sens local de l’étoile n’aura jamais été aussi fort.

Les sacs jetés, on file au cigar shop d’Andorre la Vieille. Un mur de cigare, une bibliothèque du cigare. D’un point de vue agencement, c’est beau. Un bel endroit.

Là encore, l’accueil n’est pas mauvais. Il est juste a chier. Mais vraiment. Heureux de trouver des Romeo Reserva, le vendeur m’a coupé le plaisir et l’envie comme une claque sur les couilles pendant une érection matinale. Ils n’ouvrent pas les boites. Faut acheter à l’aveugle. Et pourquoi laisser un enfant choisir aussi ?

Heureusement qu’avec mes comparses je fume un heureux Cuaba EL 2008, le pyramide de la marque, échec commercial remarquable, comme tout bon cigare qui se respecte. L’autre m’a tellement gâché mon moment que ca en devient un running gag. C’est la démonstration des gens qui n’ont pas besoin de clients, un mec finira par acheter.

Finalement direction Monsieur Armengol; et là j’ai rencontré le dude du cigare Andorran. Le mec il est au niveau ultime de la décontraction du gland, une gentillesse énorme, une simplicité au diapason, et on peut ouvrir, tâter, peloter. Dommage que l’endroit soit exigu, mais il s’en dégage un charme authentique plaisant. Alors ça fait plaisir d’y acheter. C’est un bonheur de voir Eric Shumacher béat devant ses nouvelles acquisitions.

La suite, hormis un passage médiocre a la casa del habano, où là bon, le vendeur a un petit côté truculent, mais qui indique aussi que tant d’hommes dans un endroit exigu, lui, ca ne l’excite pas du tout.

C’est avec un souvenir ému que je repense à cette visite du Davidoff local après avoir vidé quelques quilles en entamant la marseillaise dans un joli petit magasin, ou une âme charitable décida de les débarrasser de leurs brindilles, – ce qui avec du recul était une tentative de séduction désespérée de la vendeuse.

C’est là que nous avons acheté des Camacho pour les sacrifier, les maltraiter et leur infliger le traitement qu’ils méritent tous – et encore nous ne disposions pas de pelle. Ca fait du bien de temps à autre de pouvoir dire que oui, certains ne comprendront jamais rien au cigare, fumerons de la merde. On en a dépiauté un à table. Des miettes et de la tripe courte. La bague était plus longue que le filler…C’est tout dire.

Et il était temps de rentrer avant que la polie locale n’arrête un de nos petit membre pour exhibition, plein de rires et de cigares et de bon moments passés entre parfois inconnus et passionnés. Merci les amigos et enfoirés des sud de la France pour ce Week End. Vous buvez comme des bitchs. Bises.

Je suis désolé, SLR j’aime toujours pas.